Le Québécois peinturé dans l’coin


«Grosse Corvette, p'tite quéquette» (dicton québécois)

Avertissement: Je n'ai pas choisi le dicton cité ici pour laisser sous-entendre que l'homme québécois a un gros char mais un petit pénis. Je l'ai choisi parce qu'en plus d'être rigolo, il souligne l'idée que les apparences sont parfois trompeuses.


C'est l'hiver. Le Québec tourne au ralenti, comme givré par le p'tit vent du nord tannant qui ne cesse pas, et malgré la looooongue saison des Habs [1] qui bat son plein avec tambours et trompettes, dégageant des effluves de coupe Stanley remplies d'espoir pour ses crédules amateurs inconditionnels. On dirait aussi que c'est en saison froide que les discussions identitaires reviennent nous tenailler, véritable trouble obsessionnel-compulsif envahissant nos familles en manque de chicanes et de simagrées. On a beau chasser le naturel, il revient quand-même au galop dans nos hameaux, n'en déplaise aux individus atteints d'une «écœurantite aigüe» comme moi (c'est trop sucré, les questions sur l'identité, bon!). On est qui, hein? L'été venu, ces charmants «blablatages» s'envolent miraculeusement, Dieu merci!, probablement parce qu'ils ont une tout petit peu peur des moustiques omniprésents dès qu'un rayon de soleil se décide à poindre. Je me suis amusée à me faire un portrait du Québécois d'aujourd'hui, sans aucune prétention. Oui, c'est caricatural. Oui, c'est gros. Oui, c'est cliché. Mais comme je ne suis ni sociologue ni historienne et que j'ai envie de vous offrir quelques sourires gratuitement au cœur de votre semaine démente, je plonge dans le lac et je peinture le Québécois dans l'coin, quitte à patauger au besoin. Au royaume des chips au ketchup, du poulet de rôtisserie, du fromage qui fait «couic couic», et de la tire d'érable, il s'en brasse des affaires pas ordinaires, de toute façon.


Pour débuter, parlons climat. Peu importe qu'il fasse 20°C ou -20°C, le Québécois se plaint de climat en faisant la grimace. Oui, oui, n'essayez pas de le nier. La météo est notre sujet de conversation de prédilection. Il sert à casser la glace lors des premières rencontres, il crée une belle occasion de ventiler un bon coup, il meuble les silences incommodants. Grogner en regardant miss météo à la télé, ça fait partie de nos gènes. Il existe deux sortes de Québécois: L'urbain typique et l'amant inconditionnel de la nature. Le premier ne connait que deux saisons, la canicule et la bouette, tandis que le deuxième en vit quatre: Le frette [2], la fonte, les moustiques et la chasse. Si l'amant de la nature fait tout plein d'activités de plein air à l'année en bravant les intempéries, l'urbain, quant à lui, se fait griller la couenne de porc dans les festivals d'été en se gavant de bouffe de rue, il aime se prélasser sur une terrasse à siroter un verre de vin et se sent en communion avec la nature quand il s'exode vers un verger à dix kilomètres de chez lui pour cueillir des MacIntosh en famille. L'amant de la nature, à l'opposé, fait une crise d'hyperventilation dans le métro et déteste les mouvements de foule. Il nourrit les écureuils et les oiseaux, et fréquente régulièrement la boutique de vélo du coin. Bon. J'exagère un peu. Il existe bel et bien des hybrides comme moi qui se plaisent à peu près n'importe où. Cependant, les Québécois aiment particulièrement faire du plein-air, c'est un fait. Vélo, kayak de mer, course à pieds, camping, raquette... La liste d'activités à pratiquer est garnie comme une pizza all-dressed. Aller prendre une simple marche est quelque chose de commun. Qu'on soit urbain ou pas, on profite du «dehors» à sa manière.


Les Québécois sont des jouissifs en général, il faut l'avouer. Ils sont prêts à faire des heures interminables de voiture pour assister à un foutu festival et ce, malgré l'état pitoyable de nos tristement célèbres routes en perpétuels travaux partout en province. Ils sont fanas de roadtrips, c'est indéniable. D'ailleurs, le célèbre auteur de On the Road, Jack Kerouac, était de descendance québécoise, pour ceux qui l'ignoraient. On a la bougeotte et on aime aussi voyager. On est comme des girouettes: On suit joyeusement la brise. De plus en plus, le voyageur québécois sort des sentiers battus et s'intéresse aux pistes moins fréquentées, mais malgré tout, le Sud reste la destination de prédilection. Je sais, le Sud, ça couvre large. La vraie définition du mot «Sud» dans l'abécédaire des concepts québécois ne désigne en fait que le Mexique, l'Amérique centrale et les Caraïbes. Si nos foutus hivers n'étaient pas si longs et pénibles (soupirs profonds et multiiiiiples), on serait comme nos cousins français : Peu importe le coin de la planète, du plus bondé au plus reclus, du plus sec au plus humide, parmi les chimpanzés ou les pingouins empereurs, on y trouve immanquablement un Français installé et bien pénard. Nous, on se badigeonne plutôt d'écran solaire comme une viande qu'on arrose de beurre fondu et on monopolise les plages de Cayo Coco et de Punta Cana comme si elles étaient une extension de Longueuil, en sirotant un mojito double et en tétant un cigare local. Notre aventure est basique, soit, mais elle nous fait un bien monumental. La marque d'un maillot sur la peau est un gage de santé, chez nous (ouin, disons.).


Que puis-je oser dire de plus à propos de nous sans provoquer un tollé de manifestations devant ma résidence? Ah oui! Nous sommes des êtres de contradictions éloquentes et ça fait en grande partie notre charme désarmant. Par exemple, nous sommes des êtres motivés par toute ascension, mais on s'étouffe un peu avec notre salive une fois le top atteint. Le chemin de la réussite nous plaît plus que la réussite elle-même, bref. Notre fierté est sans fin, mais vient par défaut avec des attentes parfois un peu trop salées. Si quelqu'un dégringole un tout petit peu, on a l'impression que la chute lui brisera les reins à jamais en un craquement retentissant. Il en découle une gauche tendance à la fatalité, laquelle s'avère souvent ridiculement exagérée, mais rien de bien méchant. On vit aussi de perpétuelles querelles entre ville au singulier (Montréal, pour ne pas la nommer), et le reste, appelé de façon un peu réductrice «les régions». À entendre parler certains, les régions ne sont que des points sur la carte géographique, lesquels sont vides de restos dignes du nom, d'activités à faire et de qualité de vie. Dire que tous les bons produits consommés en ville viennent de ces antres de l'ennui et de l'absence de tout (toussotements)... Et il y a aussi la fameuse question linguistique. Les francophones font de l'affrication sur les D et les T en prononçant les mots. «On dzit les mots à notre façon, et maudzit que c'est enrageant quand un Français ne comprend pas quand tsu parles.» Mais le Québec, ce n'est pas que le français, c'est aussi le «franglais» (J'suis upset, tsé), ou le «frenglish» (I am un peu flibergastée), le do you speak English?, le I speak English, l'espagnol, l'arabe, le cantonais, le créole, l'italien. C'est surtout une panoplie de régionalismes et d'accents, des «la la» saguenéens, des «oui chère» gaspésiens, des «j'suis etcheuré» beaucerons. On déteste que les Français de France truffent leur belle langue d'anglicismes inutiles. Ici, on dit un courriel, un stationnement et faire du gardiennage ou du magasinage. Au diable les emails, les parkings, le baby-sitting et le shopping. À chacun ses enjeux linguistiques.


Dans la belle province, on a aussi la mémoire longue. On se souvient. Ce n'est pas notre devise pour rien. La religion occupe beaucoup de place dans la société, car même si on tente de la répudier, on y est attaché quand-même, comme de véritables victimes du syndrome de Stockholm. On se rappelle effectivement de l'emprise qu'à eu la religion catholique sur notre passé, on rechigne à y adhérer de nouveau, on veut de la laïcité, on prône l'athéisme... en oubliant bien vite, paradoxalement, que les religions des temps modernes, comme la mode, la technologie, la malbouffe et le matérialisme sont tout aussi envahissantes et dérangeantes. Cela dit, malgré les bagarres sur la question du crucifix de l'assemblée nationale, les fêtes religieuses qui peuplent joyeusement notre liste de jours fériés et nos hésitations face à la grande question des accommodements religieux, on se débrouille pas mal avec la question. On ne règle rien trop rapidement, on réfléchit à la chose comme des grands. Pour le reste, tant qu'à être dans la contradiction, on est faibles sur les épousailles, mais on est fort sur les fiançailles. Si on a à péter un plomb, nos jurons dérivent de tout le bataclan chrétien, et on ne se gêne pas d'en user à la moindre occasion. On se déclare athée, mais on fait baptiser nos petits, parce que c'est pratique. Ou on ne les fait pas baptiser, mais on leur choisit un parrain et une marraine quand-même (pour les cadeaux surtout, avouez, gang de sacripants!).


Les Québécois, en résumé, sont assez indéfinissables tellement ils entrent dans une multitude de moules de tailles et de formes différentes. Ils sont colorés, parfumés, leur humour est savoureux, ils ragent comme des Poséidons en puissance, ils se contredisent souvent, ils travaillent leur ouverture au quotidien. Ils ne penchent jamais trop à gauche ni trop à droite, mais oscillent d'un côté à l'autre. Ils aiment les chiens et les chats. Ils boivent beaucoup trop de café. Ici, c'est Pepsi. Leurs femmes sont belles et un brin Germaines. Leurs gars sont machos et roses à la fois. Ils trempent leurs frites dans la mayonnaise. Ils écoutent de la musique country en cachette... ou pas et sont fans de heavy metal. Ils apprécient les bières de microbrasseries. Ils se chicanent encore à-propos du but d'Alain Côté (qui était bon, soit dit en passant). Ils ont d'excellents réalisateurs de cinéma à l'international et font de la très bonne télé avec peu de fonds. Ils parlent en Fahrenheits pour décrire la température du four ou de leur piscine, mais utilisent les Celsius pour parler du temps qu'il fait dehors... et sont incapables de convertir les deux. Parfois ils mesurent 5'2" et d'autres fois un mètre cinquante-sept. Ils sont accueillants. Ils mettent du sirop d'érable dans tout et aiment la poutine, même s'ils savent que c'est du bouche-artères brut. Carey Price est l'empereur sacré du coin. En somme, le Québécois est un amalgame de plusieurs choses qui lui donnent une saveur relativement équilibrée qui ne manque pas de sucré, de salé, d'aigre, et d'acide et qui a aussi un gros punch d'umami. Il n'est ni Français ni Américain ni comme ses comparses des autres provinces canadiennes, même si en théorie il est un peu tout cela. N'est-ce pas qu’il est intéressant?



[1] Canadiens de Montréal, équipe de hockey de la LNH.


[2] Le froid



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