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Ça se reproduit vite ces bestioles-là


«Les obscénités sur Internet ne sont même pas utilisées à bon escient.» (Karl Kleinpaste)

Non mais, on en trouve tellement, des bestioles de toutes les espèces, sur les réseaux sociaux! Elles sont parquées sur Facedebouc, sur Snappe-Chatte, sur Instata-gramme et sur Twitteure comme dans de belles petites cages au jardin zoologique, et on les alimente de bananes et de cacahuètes à l'instar d'une horde de chimpanzés. My God, on dirait que ça se reproduit vite, ces bestioles-là, à notre grand désarroi. Sur Internet, on est maintenant capable de savoir qui est où en temps réel. On s'étiquette à tel resto, à tel bar avec tel amis. Notre patron peut savoir ce qu'on a fait la fin de semaine dernière, et notre famille peut suivre les péripéties de nos vacances au bout du monde en direct, ce qui leur évite beaucoup d'inquiétude... ou pas. Si vous êtes comme moi, vous êtes probablement dépassé par le nombre de découvertes que vous dégotez sur les pages de réseaux sociaux des autres à tous les jours. Vous vous dites sûrement: «Mais quelles foutaises!» On peut parfois dessiner la tangente du profil de certains utilisateurs. J'ai donc décidé de vous gâter pourri cette semaine en vous présentant mon palmarès des usagers les plus typés des réseaux sociaux. Une mise en garde s'impose ici: Si vous vous reconnaissez, ce n'est qu'une coïncidence... à moins que vous soyez mon ami Facetruc et que je vous aie démasqué (joke... on va dire...).


Le «vaguebookeur»


«Quand ça va mal...», «déprimée..», «La prochaine fois, je saurai quoi faire!»... Heille. On aime tellement ça (ironie) quand un ami écrit un statut assez flou pour nous faire hésiter entre appeler la police et appuyer sur le bouton «unfriend». C'est tellement agréable de se demander si notre collègue est sur le point de se jeter en bas du pont ou s'il a juste raté sa sauce à spaghetti. On aime ça s'inquiéter pour des pacotilles quand on fait notre revue quotidienne des «faits saillants virtuels» de notre journée, de toute façon. Car oui, la plupart du temps, ce sont de faux appels à l'aide, ce qui est d'une tristesse immense, puisque ces gens monopolisent l'attention qu'ils ne devraient pas revendiquer, diluant du fait même la crédibilité de tout appel à l'aide réel envoyé dans l'océan Internet comme une bouteille à la mer. On appelle ces experts en statuts brouillons les «vaguebookeurs». Ils tentent de frôler la perfection dans le grand art de l'imprécision aiguë, histoire d'attirer l'attention sur leur personne en manque de célébrité cybernétique, quitte à mortifier leurs proches jusqu'à ce que tous leurs ongles soient rongés jusqu'à la racine. Non mais man, n'as-tu rien d'autre à faire qui vaille que d'acheter une voyelle au hasard et nous laisser ingratement tourner la roue pour deviner qu'elle maudite mouche à merde t'a piquée?


Le jovial


On aime ça le bonheur... quand c'est le nôtre. Car il faut le dire une fois pour toute, l'être humain est jaloux du bonheur des autres, et passe des heures à le convoiter comme une obsession, au lieu de s'affairer à pétrir la pâte de son propre dessein et à la laisser patiemment doubler de volume dans un endroit tiédasse, comme on devrait tous le faire. Car le bonheur, ce n'est pas si compliqué, mais il y a plusieurs étapes pour y arriver: On doit apprendre à s'aimer et à partager, apprivoiser sa solitude, développer son sens de l'écoute, accepter de recevoir et ouvrir les yeux grands comme ceux des mangas japonais (sans blague, là! Ouvre tes «quenoeils»!). Sur Internet, plusieurs gens heureux nous partagent leur orgie de moments savoureux et les jaloux vont dire que (je cite) : «Les vrais gens heureux gardent ça pour eux». FAUX. La rumeur qui court chuchote que le bonheur est contagieux. «Les gens qui parlent trop de leur bonheur sont des gens qui cherche la valorisation.». FAUX. Les gens qui parlent beaucoup de leur bonheur sont simplement sur le bord d'exploser. Ils doivent expulser, c'est tout. «Les gens qui parlent de leur bonheur le font pour vous faire sentir médiocre». FAUX. Tu te sens médiocre parce que tu es jaloux. La morale de cette histoire: Au lieu de critiquer les gens qui partagent leurs histoires de balades dans la nature ou de cartes de Noël fabriquées par leurs marmots, fais donc le ménage dans ta vie pour être capable un jour d'être heureux et ce même si tu es un vieux schnock.


Le politichien


Lui, c'est le dude qui initie des polémiques en critiquant le Pouvoir avec un grand P et les idéologies qu'il défend. Peu importe qui est à la tête du gouvernement, le politichien le scrute comme un toutou qui ne quitte pas des yeux son «nonosse [1]» et passe ses impressions sans filtre dans ses statuts sur les réseaux sociaux comme si son analyse était la seule à faire du sens. Il fait l'apologie des contraires, et aime les comparaisons faciles pour te convaincre que tu ne comprends rien à la politique. En ce sens, Trudeau n'est qu'une copie conforme de son père, le chef du PQ n'est qu'un profiteur populiste, Couillard n'est qu'un couillon, tout parti n'ayant aucune chance de se faire élire dans les dix prochaines années est LE SEUL REMÈDE À TOUS LES BOBOS, l'islamophobie n'existe pas, le multiculturalisme est la cause de tous les maux (et les mots sur le web), on est pour le BREXIT parce que c'est tendance, contre la Chine (autant leur cheap labour que leur cheap buffets), le gouvernement complote pour nous faire vacciner donc on est contre la vaccination (j'ai envie de faire «unfriend» quand je te lis écrire ça, d'ailleurs!) Dans le fond, il est celui à ne jamais lire après diner, car c'est l'indigestion assurée.

L'anonyme


L'anonyme est aussi appelé troll en langage de médias sociaux. C'est celui ou celle qui a pour photo de compte un cliché de mamie avec ses chats, un faux nom (BritneySpears450, ThevraiTrudeau, Bo-gosse1986...) et qui crache en beau salaud son venin en commentaires sous les articles de tous les journaux web populaires. Il est de plus celui qui lance des pages haineuses de propagande anti-ci et pro-ça et qui rallient un multitude de gens qui ne vérifient pas leurs sources, et oui, mesdames (et messieurs parfois), c'est aussi le pauvre idiot qui vous a envoyé une charmante «dick pic [2]» en réponse à votre commentaire sur le féminisme. On a beau le bloquer sur Twitteure, il revient toujours sous un nouveau profil pour faire impunément chier la planète entière par ses obscénités recherchées. Il sait planter le couteau à la bonne place et connaît très bien la technique sadique pour le tourner dans la plaie suintante et gratter l'os en même temps. Le problème avec l'anonyme, c'est qu'on ne connaît pas son degré de dangerosité. Il peut n'être qu'un pauvre imbécile en mal de choquer les gens biens... ou un pédophile qui traque vos enfants. C'est celui qu'il faut dénoncer sans relâche, pour une toile à l'air plus pur, plus frais.


Le parfait


Le parfait, contrairement au jovial qui ne parle que de ses bouffées de bonheur au brut, déballe en ligne sa vie sans faille comme un véritable «m'as-tu-vu» un brin moralisateur. Il est facilement reconnaissable car il vous arrosera de moult clichés de tous ses projets réussis, de son bronzage parfait, de ses mascottes de compagnie dans des positions à soupirer de cuteness, des bons coups de ses enfants tellement mieux élevés que les vôtres et supérieurs sur le plan athlétique, de la nouvelle voiture de luxe, de ses amitiés célèbres et de ses grandes réussites académiques. Il est si heureux en ménage, ce bougre, du moins, ça en a tout l'air si on se fie aux dizaines de selfies de couples qui peuplent sa page Facedebouc. Sa pelouse est tellement plus belle que la nôtre, l'herbe plus verte et ses plans de tomates plus garnis que ceux que vous avez pourtant planté en même temps. Sachez que la perfection n'existe pas en ce bas monde, sauf sur les réseaux sociaux. Car on peut bien jouer avec sa propre image comme bon nous semble, peu importe la réalité. Si je veux paraître mince, je peux choisir un angle avantageux pour toutes mes photos. Si je veux avoir l'air d'avoir une vie active, je peux inventer ce qui me plait et personne ne saura que mes fins de semaines remplies ne le sont en fait que de vent. Est-ce que ça vous fait sentir moins coupable d'être si imparfait? Moi oui.


Le sportif extrême


Il fait du jogging, de la natation, du fat bike, du kite surf, du yoga, de la zumba, du baladi, du parachute, du trekking, du hiking, du camping sauvage, du triathlon, du ski hors-piste, va à l'opéra (oui, c'est un sport extrême pour les oreilles, parfois). À chaque fois qu'il sort jogger, on le sait, car il affiche son excellent temps (beaucoup mieux que le vôtre, en tout cas) sur Internet. Même si on le trouve tannant avec ses belles joues rouges à l'apparence de santé pendant qu'on se remplit la bedaine de bière en tentant de ne pas se sentir trop coupable, son espace, il peut en faire ce qui lui chante, et si sa passion, c'est l'exercice physique, good for him et tant pis pour vous. C'est toujours bien mieux qu'une page remplie d'allusions de «snifferies» de poudre blanche, de débauche explicite (bon, j'avoue, c'est parfois intéressant, la débauche des autres) et de «Trumperies» extrêmes. On a toujours le loisir de ne pas le suivre, si ça nous tape sur le système nerveux. Après tout, l'amitié virtuelle est un choix qui vient avec l'exhibitionnisme de tous et chacun, que ça nous plaise ou non. Pour le reste, certains on le jugement un brin trop fa-fa.


L'offusqué


L'offusqué pète un plomb de temps à autre, pour une cause ou une aberration. Avec raison ou pas, c'est selon. Et nous sommes tous cette personne à temps partiel. Un offusqué dort en nous, mais il a le sommeil léger. Par moment, il se réveille entre deux soubresauts et s'arrache les lulus en hurlant : «Je suis contre!». On a tous des cordes sensibles et certains événements savent très bien y mettre les doigts pour jouer de la harpe comme un virtuose. Les médias sociaux sont une porte grande ouverte pour qu'on soit lu par des gens de tous les horizons, pour le meilleur et pour le pire. Les écologistes, les féministes, les machos, les pro-laïcités, les multiculturels, les pro-vies, les pro-choix, les ouverts, les fermés, les «swing la bacaisse dans l'fond d'la boîte à bois», les «Ô Canada, our home and native land», les végétariens, les défenseurs des animaux, les bénévoles assidus, les parents trop sensibles, les citoyens du monde, les immigrants intégrés et ceux laissés pour contre, les rancuniers qui sont pour la peine de mort, les ostracisés de toutes provenances... Il y a de la place pour tous, et même si les opinions sont parfois choquantes, l'offusqué n'est pas un troll. Il assume habituellement ce qu'il raconte et défendra bec et ongles son opinion avec une vraie argumentation face à une majorité souvent agressive et recroquevillée sur elle-même comme un fœtus. Ils permettent un débat sain. Dieu merci, ça existe encore... jusqu'à ce que l'anonyme s'en mêle.


La belle beauté et le «beau Brummel»


Elle est belle comme un sucre d'orge. Il est beau comme un dieu grec. Et ils le savent, les sacripants. La belle beauté et le beau Brummel, non seulement en sont-ils conscients, mais ils adorent de plus l'entendre dire. Leur mur Facechose est truffé d'égoportraits croqués dans un angle provocateur, laissant voir un peu plus de ça, mais pas trop, juste assez, là. Leur chevelure au vent n'est jamais dépeignée. Ou si elle l'est, c'est un «peigné dépeigné» organisé avec le gars des vues, la frange parfaitement placée pour longer la pommette et ne pas cacher l'œil myrtille. Car non, les beaux n'ont pas les yeux bleus, c'est myrtille, leur couleur. Oh! Peut-être bien que la photo a été «photoshopée» pour produire cette auréole de lumière autour de la caboche de madame, mais on s'en fout, car de toute façon, la généreuse poitrine galbée, l'espace parfait entre les deux pamplemousses, le rouge des griffes félines, le cœur pulpeux des lèvres bien charnues, la chute de bassin (C'est le Niagara, je vous le jure!)... Tout porte à croire que la belle beauté est plus radieuse que jamais... jusqu'à sa prochaine photo, qui surpassera celle-ci. Lui, il huile ses gros bras tatoués, la photo crève l'écran et sent presque le Acqua Di Gio [3], la casquette donne un air de bad boy qui fait craquer les minettes. Non mais c'est vraiment désagréable d'avoir ces parangons de beauté en guise de comparaison quotidienne! Je me regarde dans la glace et je me vois, là, banale, accompagnée de mes copines les livres en trop (et je ne parle pas de livres de lecture ici)... Ça me donne une envie irrésistible de passer à travers un sac complet de réglisse et de bouffer mon malaise.


L'exhibitionniste


Ce bougre raconte sa vie dans les moindres détails pour passer le temps. Il confond probablement les réseaux sociaux avec son journal intime, et nous asperge de toutes les idées folles qui lui passent par la tête, sans filtre, donnant détail sur détail, réglant ses comptes en public, expliquant scrupuleusement les méandres de sa vie compliquée jusqu'à parler des sanctions données à ses gamins pour tel ou tel mauvais coup, racontant son dernier rendez-vous galant manqué, arrosant tous et chacun de ses moindres envies de chier. On sait tout, tout, tout! On sait qu'aujourd'hui, c'est l'anniversaire de son chien beagle. On sait qu'il a manqué sa tarte aux pommes infaillible (il faut croire que ça se peut!). On sait qu'il déteste Beyoncé Knowles mais qu'il adore Christina Aguilera. On sait qu'il reste cinquante-trois dodos avant ses prochaines vacances au «soleil, soleil, soleil-leil [4]». On connaît son allergie aux acariens et autres petites bibittes laides à regarder au microscope. On connaît la fin du dernier film de Xavier Dolan que «chose bine» est allé voir au cinoche (alerteeeee spoilerrrrrrrrrr!) La couleur de tes bobettes (quand tu en portes), tu peux bien la garder pour ta saveur du mois au lit. Parce qu'on le sait que tu as une saveur du mois. Pis que celle de mars venait de Shawinigan. On le sait PARCE QUE TU ÉCRIS «TOUTTE TOUTTE TOUTTE».


L'ésothérique


L'ami des anges, des rituels «weirdos», de l'astrologie, des spectres et entités, des remèdes de grand-mères, de la luminothérapie, des prières au Seigneur, des figurines de gnomes et de lutins. L'ésotérique truffe son espace cybernétique de messages faisant allusion à des forces supérieures, il publie des petites pensées du jour doucereuses mais un brin moralisatrices, partage des vidéos de musique indienne de style New Wave avec du gros sitar dans le tapis. Quelquefois par année, il harmonise joyeusement ses chakras. Pour passer le temps, il colorie des mandalas bizarroïdes et nous gave de quelques photos de ses créations sur Instata-truc en guise de preuve irréfutable de sa grande énergie créatrice. Sinon, il fait du yoga nidra et parsème le web de photos de positions tordues dans tous les sens du terme. De temps en temps, on découvre un article qu'il a partagé sur les bienfaits de la masturbation sur la santé. Ce n'est pas vraiment dérangeant, c'est juste un peu biz-biz de tomber là-dessus quand on recherchait la recette de jus vert qu'il avait publiée la semaine précédente. C'est ça qui est ça (toussotement et raclement de gorge).


Bon. Je sais que j'exagère peut-être un peu. Je vous entends déjà me dire: «Marie, pousse mais pousse égal». Avouez tout de même qu'on reconnaît au moins une bestiole (oups, je veux dire une personne) de notre garde facebookienne (rapprochée ou non) pour chaque catégorie de cet éventail de profils. Et je suis certaine que vous auriez pu ajouter quelques catégories supplémentaires pour continuer ma liste. J'ai en tête «l'ami des animaux» (le directeur d'un zoo urbain), «le couple qui ne fait qu'un» (un seul profil Facedebouc pour deux), «le policier du web» (le king de la réprimande), «le jet-setter» (le foireux), «le fashionista» (la victime de la mode), «le drastique» (c'est moi, qui plonge dans la vie comme dans cent mètres d'eau... ou dans une baignoire!), «l'affamé» (le testeur de diètes et régimes), alouette. On a tendance à oublier (nous tous, là. Pas juste «les autres».) que la toile n'est pas un espace privé. On partage à qui mieux-mieux sur nos murs virtuels des tranches de vie bien épaisses, en oubliant que nos six cent cinquante-six «amis» dont les trois quarts sont de purs inconnus jouent aux voyeurs professionnels à toute heure de la journée pour vous épier jusqu'aux tréfonds de l'âme. Tout ce que vous y publiez peut être retenu contre vous, que vous mentiez comme un arracheur de dents ou que vous soyez dramatiquement sincère. C'est un pensez-y bien. Je dis ça comme ça.




[1] Os


[2] Photo de pénis


[3] parfum pour homme de Armani.


[4] Soleil soleil, chanson interprétée par Nana Mouskouri.



| par La vie est un piment

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