Joshua Moreno : La délicieuse piqûre de l'ailleurs


«Je suis né par curiosité. Y a-t-il une meilleure raison de naître ?» (Daniel Pennac)


J'ai choisi cette citation de Pennac pour vous présenter Joshua. Parce que ça lui va comme un gant. Parce que le jeune homme a cette inclinaison pour la découverte du monde depuis pratiquement toujours, cette délicieuse piqûre de l'ailleurs. Parce que sans curiosité, la planète serait insipide. Avoir été créé dans un moule parfait pour le monde et ne pas avoir peur de se jeter dans sa gueule grande ouverte, c'est un cadeau d'une valeur inestimable, dont certains possesseurs ne savent pas comment en user intelligemment. Ce n'est pas le cas de Joshua, qui lui, a toujours su mettre à profit cet avantage dont il avait été doté depuis l'enfance pour apprendre, s'instruire, déployer ses ailes et ouvrir son esprit à la différence et au dépaysement. Le Torontois d'origine aux racines multiculturelles évidentes a jusqu'à maintenant déménagé ses pénates au Mexique, en Argentine, au Pérou, au Costa Rica et en Irlande, où il vit présentement avec Paul, son mari, un Irlandais rencontré en Ontario, et dirige une petite boutique conceptuelle au cœur de Dublin. Josh, je l'ai connu au Pérou en 2008. Il était à l'époque à l'emploi d'un voyagiste canadien. Je me rappelle d'un jeune homme qui vivait au jour le jour, au gré des voyages proposés, des opportunités à saisir.

Le goût du voyage

Il me raconte avoir eu un coup de cœur pour l'Amérique latine plus tôt que tard: «J'avais dix-huit et avant d'aller à l'université, je voulais améliorer mon espagnol. J'ai pris entente avec ma mère pour aller à l'université en septembre comme prévu, mais je voulais auparavant aller passer trois mois au Mexique. J'y suis finalement resté un an.». Puis, après une courte pause, il poursuit: «Pour être honnête avec toi, je ne suis juste pas revenu au bercail. Ma mère a dû voyager au Mexique pour venir me chercher. Elle s'inquiétait et souhaitait vraiment me voir aller à l'université. Moi, j'avais un plaisir fou, j'apprenais de nouvelles choses, une nouvelle culture. Je vivais dans le moment présent. Je n'étais pas encore rendu là.» Impossible de ne pas rire en imaginant sa mère débarquer sans aviser au pays de Salma Hayek et de Petro Infante pour ramener son fils par l'oreille, l'air sévère. À vingt-deux ans, Joshua terminait finalement l'université après avoir passé sa dernière année à étudier en Argentine. C'est une petite annonce dans un magasine qui allait capter son attention et déterminer le cours des prochaines années pour lui: «L'annonce disait: Parlez-vous espagnol? Aimez-vous voyager? Voulez-vous être payé pour voyager? La réponse était oui à toutes ces questions, raconte-il. Ça m'a pris deux heures pour remplir le formulaire d'application et j'ai obtenu une entrevue. Quelques semaines après, j'habitais au Pérou.». Joshua avait étudié en histoire de l'art. Aussi, il savait très bien qu'en terminant l'université, il ne travaillerait pas dans son domaine. L'opportunité de voyager, de s'éduquer, de voir le monde tombait à point donné. «L'idée d'être payé pour voyager est une chance inouïe, et spécialement quand tu es jeune. Je devais au moins essayer, car l'offre aurait pu ne plus jamais se répéter.», explique-t-il.

Le sens du timing


Le timing était donc idéal pour simplement y aller (go go go!), tenter sa chance et voir du pays autant que possible. Il fallait sauter dans le train en marche à pieds joints et ne pas trop penser à la folie qu'on était en train de faire. «Je ne me suis jamais vraiment préparé à partir, peu importe la destination. Premièrement, quand je pense trop, je n'agis juste pas. C'était d'autant plus facile pour moi de m'en aller, puisque j'étais jeune et j'avais très peu de possessions. Je pouvais facilement entreposer mes biens et quitter sans préavis.», me dit-il. «Je me fais des peurs quand je pense trop à faire quelque chose. Alors, j'ai appris à me lancer dans le vide sans trop réfléchir.». Décidément, il est tout mon contraire là-dessus. J'ai toujours aimé planifier (sur-planifier, en fait) mes déplacements et ce, longtemps d'avance. Ça ne m'a cependant jamais empêchée d'avoir des papillons qui battaient follement des ailes au creux de mon estomac dès ma sortie de l'avion. Josh était doté d'un héritage incarnant tout ce que le multiculturalisme canadien signifiait: Natif de Toronto, il venait d'une famille ayant beaucoup voyagé. Il avait toujours eu cet intérêt pour le voyage et les autres cultures, et il m'explique: «La planète entière est juste derrière ta porte, à Toronto. Toutes les cultures sont représentées. On ne réalise pas en tant que Canadiens comme nous sommes ridiculement chanceux d'avoir une si large compréhension du Monde. Tu marches dans les rues près de chez toi dans un ville comme Toronto, par exemple, et tu peux faire le tour du monde en une seule journée. Tu ne comprends pas vraiment ceci jusqu'à ce que tu vives à l'étranger. Le multiculturalisme est la norme au Canada.». Si on entend énormément parler de multiculturalisme depuis deux ans, ce n'est pourtant pas un concept nouveau au pays. Le «vivre ensemble», bien que parfois remis en question, entre autre avec la fameuse question identitaire nationale, est quelque chose qui est quand-même plus commun que l'inverse.

La décision de repartir


Quand le couple a décidé de quitter pour l'Irlande, il y avait un plan initial, qui a bien évolué avec le temps. «Paul et moi, étions au Canada. Nous sommes mariés et j'ai eu un contrat avec une compagnie péruvienne par la suite. Nous avons donc emménagé à Lima pour six mois. Pendant ce temps, nous faisions nos recherches pour décider quelle serait la suite des choses. On voulait voir si ça serait plus facile pour Paul de revenir vivre au Canada avec moi, ou si ce serait plus simple pour moi d'emménager avec lui en Irlande, son pays natal. On a découvert que c'était bien moins compliqué pour moi de m'installer en Irlande. On a donc fait ce choix. Le plan était qu'on s'installer pour six mois ou un peu plus en campagne, pour que je puisse connaître la famille de Paul, son environnement.», m'expose-t-il. Puis, de fil en aiguille, les plans changent et le couple s'établie tranquillement mais sûrement, l'emploi stable de Paul aidant. C'est l'histoire du monde, en fait. Parfois, les choses se placent d'elles-mêmes et viennent façonner les projets de tous et chacun. Après la paperasse pour obtenir le droit de résider et de travailler au pays, Joshua avait envie d'un projet bien à lui. Et c'est ainsi qu'est né Lyón Loring, cette petite boutique vintage «art de vivre» au cœur de Dublin mettant en vedette vêtements, objets de décoration, art, ainsi que le travail d'artisans locaux. «On s'intéresse au vintage, autant la mode que d'autres produits reliés au thème. On aime aussi promouvoir l'art: C'est mon background, après tout. On essaie de mettre en lumière des artistes irlandais et d'encourager tous ceux qui produisent des choses sur leur table de cuisine. On veut une boutique où on apprécie entrer, me décrit-il à propos de son bébé. J'ai toujours su que je voulais un commerce à moi, mais je n'aurais jamais cru que ce serait en Irlande.».

Le pays des falaises et de la verdure


De l'Irlande, il a une panacée de bons mots. Ça serait de la musique (une gigue, là) aux oreilles de tout Irlandais qui se respecte. Les premiers mois ont été passés en campagne, qui avait toujours intrigué Joshua. Après tout, n'avait-il pas passé le plus clair de sa vie dans des métropoles bruyantes et animées comme Lima et Toronto? «Le changement était assez drastique. L'air était frais. La nature était différente, les paysages superbes. Je n'avais jamais été exposé à ce mode de vie et j'en ai bien profité. Tout l'environnement était matière à de nouveaux apprentissages.», m'explique-t-il. Il continue en me racontant que pendant la première année, tout était nouveau, frais et intéressant. Puis, il m'explique qu'il ne comprend pas pourquoi beaucoup de voyageurs donnent une connotation négative au mot «tourisme». «En fait, me dit-il, je n'ai aucun problème à dire que je suis encore un touriste, même si je vis ici depuis assez longtemps maintenant. Trop de voyageurs, surtout ceux ayant beaucoup d'expérience, tente de se dissocier de ce terme, ils s'en font même les principaux détracteurs, mais pourtant, quand je vais dans une nouvelle ville, ou même dans un nouveau quartier, je suis en mode découverte et c'est ce que je suis, un touriste. Prétendre le contraire serait un peu arrogant.» Là, ça vaut la peine d'analyser ces propos. Avec un peu de recul, je pense à plusieurs voyageurs qui dédaignent presque systématiquement mettre les pieds sur les sentiers déjà battus pas d'autres, comme si le simple fait de ne pas ouvrir de nouveaux sentiers était un répulsif en soi. Je me sens moi-même obligée de justifier à ces autres voyageurs le pourquoi de mes visites au Taj Mahal, à la tour Eiffel, au Parthénon. «C'est très touristique, je sais», leur dis-je, comme pour m'excuser d'avoir osé fouler ces lieux envahis de vendeurs ambulants et de mafias touristiques de tous acabits. Dans les faits, éviter les lieux célèbres dans le seul but de faire différent, c'est se priver de pends d'histoire monumentaux, de nourriture délectable pour les yeux et pour l'âme. Je ne dis pas que l'on doive visiter tous les lieux connus sur la carte. Mais les éviter comme la peste à chaque fois, et ce, volontairement, c'est aussi drastique que de tous se les taper.


À propos de ce qu'on appelle les chocs culturels, il me raconte en vivre encore aujourd'hui. «Oui, bien sûr que j'ai des chocs culturels, bien qu'en emménageant en Irlande, je ne m'attendais pas à en avoir.», explique-t-il. «Tu sais, il y a plusieurs similarités entre les peuples irlandais et canadien. Les habitants des deux endroits sont des conteurs d'histoire, entre autre.». Par contre, des différences existent. L'alimentation, par exemple. Du moins si on la compare avec les grands centres nord-américains. Si à Toronto il était possible de consommer des mets de tous les pays du monde, en Irlande, on sert une cuisine plus traditionnelle. «C'est juste un tout petit peu en dehors de mes habitudes», précise Josh. Puis, il souligne qu'il a la chance d'être à Dublin avec quelqu'un qui a connu le Canada au préalable: «Je peux m'exprimer et il comprend de quoi je parle, ça aide beaucoup!». On ne peut pas s'attendre à avoir les mêmes choses qu'à la maison, quand on voyage, de toute façon, et Joshua en est conscient: «J'ai quitté le Canada avec peu d'idées préconçues et de très petites attentes. J'aime découvrir la réalité ambiance directement sur le terrain. Ça m'aide à me préserver aussi. Sinon, quand on a trop d'attentes, on a aussi de plus grandes déceptions.» Il continue avec un exemple: «Il faut comprendre que ça ne te sert à rien de voyager si tu t'attends à cloner ta vie ailleurs. Si tu loues un appartement, tu peux regarder ta nouvelle cuisine et penser qu'elle n'est pas la cuisine que tu avais à la maison. Mais tu n'es pas à la maison. Il faut que tu laisses l'idée de cette ancienne cuisine... à la maison, justement.». Reste chez toi si tu veux manger de la poutine et du pâté chinois généreusement arrosé de Labatt 50, bref (Bon. C'est mon interprétation de son exemple. Mais c'est ça quand-même.)

Héritage


L'Irlande, pays qu'on connaît par la bande. On aime tous ses célèbres cafés irlandais et U2. À chaque année, une multitude de gens de descendance irlandaise porte du vert le 17 mars et le web est soudainement truffé de bocks de bières, de trèfles et de Leprechauns, ces petites créatures folkloriques. On entend dire qu'il existe comme dix millions de différents tons de vert pour le gazon (ok, peut-être un peu moins, j'avoue) et que tous ses habitants sous roux (ce qui est d'ailleurs faux). Joshua me raconte qu'il ne connaissait pas tant de choses non-plus à propos de l'île: «Je connaissais les typiques stéréotypes qu'on voit dans les films... Les Irlandais aiment faire la fête... Les Irlandais aiment conter des histoires. Ils aiment un certain type de musique. Ce sont des traits de la culture populaire. Toute ma vraie éducation sur le pays est venue après mon déménagement ici.». Il m'explique que les Irlandais sont des bougres sympathiques, et qu'il est facile d'entre en relations avec eux: «L'île a une population de moins de six millions d'habitants, C'est donc facile de connecter avec tout le monde, c'est comme un village géant. Déjà, le travail aidant, tu es exposé à un grand nombre de personnes.». Les Irlandais ont aussi leur propre langue, le gaélique, une très vieille langue, cependant toujours vivante. «C'est une langue très difficile pour moi, m'explique Joshua. Je n'ai pratiquement rien appris de cette langue. Mon mari la parle, mais c'est principalement des personnes plus âgées qui l'utilisent. C'est enseigné dans les écoles un peu comme le français est enseigné hors-Québec, au Canada. L'héritage est donc préservé.». La plus grande richesse de l'Irlande, selon lui, c'est justement son grand héritage, sa culture et son histoire. «Mais c'est aussi un nouveau pays parce qu'il est en constants changements. Les gens ici se battent pour leurs droits individuels et collectifs. La culture évolue et beaucoup de choses se passent présentement de ce côté. Quand tu recules de quelques années, tu te rends compte de tout ce progrès. Je suis très appréciatif d'être ici en ce moment même.», souligne Joshua.


Réussir son départ vers l'étranger et son intégration à la terre d'accueil, ça dépend toujours de la personnalité du voyageur. «Si je me base sur ma propre expérience, je prends toujours un certain temps à m'adapter à mon nouvel environnement. J'ai toujours eu besoin de repères. Pour d'autres, c'est la langue qui est une problématique. Ou encore la recherche d'emploi, qui peut être difficile.». Quitter avec l'esprit ouvert et un préparation pas trop exhaustive peut valoir la peine, parfois: «Certains nous suggèrent des endroits, on nous dit d'aller là, d'essayer ceci, et je suis ces conseils parfois, mais outre cela, j'aime l'idée de contrôler ma vie, et je crois que lorsqu'on fait face à des choses incontrôlables, il y a toujours une partie de toi qui combat cela. Comme on ne peut pas avoir à l'étranger ce qu'on était habitué d'avoir à la maison, aussi bien parfois recommencer avec une page blanche.», continue-t-il.


Avec tous ces déménagements, toutes ces opportunités saisies à l'étranger, je lui demande ce que sa famille pense de tout cela. Il me raconte, honnête, qu'il ne croit pas que sa famille soit heureuse de ces déménagements, mais qu'elle comprend: «Ils ont tous immigré au Canada et c'est là où ils vivent. C'est leur stabilité. Me voir me promener d'un endroit à l'autre est une nouvelle idée pour eux. Ils préféreraient amplement m'avoir tout près et que j'aille à la maison pour le souper du dimanche. Mais je ne suis pas cette personne.». L'Irlande étant la terre natale de son mari Paul, sa famille n'a pas été surprise que le couple choisisse cet endroit pour s'établir, du moins pour un bout. Mais ça ne les empêche pas de demander quand est-ce qu'ils reviendront à Toronto. Il ajoute: «N'importe qui ayant une famille unie veut que tous ses membres soient installés au coin de la rue. Ma famille est aussi comme cela.». De la maison, outre sa famille, sa familiarité et ses repères lui manquent. Il m'explique que de savoir quel bus prendre, ça lui manque. La routine et savoir comment sa ville fonctionne, ça lui manque. Et ce sens de l'humour que seuls les Canadiens ont. Ces petits détails lui manquent, mais pas les biens matériels. « C'est toujours très facile pour moi de me débarrasser de mes biens et de partir.», expose-t-il.


Quand je lui demande à quel moment ils ont décidé de s'installer pour un bout, il me rétorque que le plan initial était d'y rester six mois et de parler pour Londres ensuite, mais que le hasard fait parfois les choses autrement: «Je ne sais pas si j'aime l'idée de vraiment m'établir à quelque part. Rester ici n'est pas mon plan, mais quitter ne l'est pas non-plus. C'est toujours une question d'opportunité.». À savoir s'il pourrait retourner vivre à Toronto un jour, il m'explique qu'il y a toujours une possibilité: «Je me garde toujours le droit de changer d'idée autant de fois que ça me plait. Présentement je suis en Irlande. Peut-être que demain nous auront une opportunité et on reviendra à Toronto. Ou peut-être que je vais décider de déménager mon entreprise à Londres, à Barcelone ou à Lisbonne? Qui sait.» Et il continue: «Je ne veux pas avec du recul avoir des regrets à propos d'une opportunité manquée, alors je n'aime pas dire jamais. Présentement, je suis ici sur le plan personnel et de la carrière, et je ne me vois pas retourner à Toronto. Mais au moment où tu publieras ceci sur ton site, je pourrais avoir changé d'idée.».

Irlande: Un pays qui change


Je suis curieuse de connaître les différences principales entre l'Irlande et le Canada, et il m'explique en fait que ça dépend de quel Canada tu viens. Je vois ce qu'il veut dire: Le Canada étant non seulement une contrée gigantesque, mais aussi avec une pluralité de styles de vie, tous axés sur les priorités de chaque région. «Les francophones du Canada mettent plus l'accent sur ce qu'on appelle le lifestyle, dit-il, tandis que dans le grand Toronto, c'est sur la carrière professionnelle et l'atteinte d'objectifs spécifiques en ce sens. Si je me base sur mon Canada pour comparer, l'Irlande est bien plus décontractée. Les gens travaillent, mais ils adoptent un style de vie axé sur la famille, le loisir.». Il continue en soulignant qu'à Toronto, la première question qu'on te pose, c'est «Qu'est-ce que tu fais dans la vie?». Il renchérit: «Ici, on n'entend jamais ce genre de questions. C'est un petit pays, les gens sont plus connectés, plus "groundés", les gens te sourient dans la rue, ou ta saluent de la main. Dans le village d'où vient Paul, les gens connaissaient mon nom avant même que je les rencontre pour la première fois. C'est plus amical.». Puis, je me mets à le questionner sur l'acceptation de l'homosexualité au pays de la Guinness. Est-ce plus facile que l'on pense, être gay en Irlande? (J'ai en tête cette idée du catholicisme irlandais un peu rigide en posant ma question à brûle pourpoint.). L'Irlande est historiquement plutôt catholique, mais il y a certainement un changement en cours. Même si les gens sont culturellement catholiques, ils pratiquent beaucoup moins qu'il y a vingt ans. On sent de grands progrès au pays, même si les changements surviennent plus lentement: «Il y a quarante ans, il était illégal ici d'être gay. L'an passé, le pays est pourtant devenu le premier endroit à octroyer par vote populaire le droit au mariage gay. C'est un grand accomplissement pour n'importe quel pays. Le pays se bat présentement pour le droit à l'avortement. Une nouvelle vague de citoyens demande les mêmes droits qu'ailleurs dans le monde.», spécifie-t-il. «En tant que couple gay, nous avons été ridiculement chanceux en Irlande. Nous n'avons aucunement vécu de discrimination. Ils ont accepté notre certificat de mariage comme si on était un couple hétéro. Le Canada est plus habitué à la diversité, mais ça progresse aussi en Irlande.».


Joshua vivant en Irlande depuis quelques année maintenant, je me demande comment il définit justement son identité propre, après avoir foulé le sol de tant de destinations pendant d'assez longues périodes. «Je suis Torontois, Ontarien, Irlandais en devenir... Je peux me définir comme Latino, ou Juif, ou Gay, mais je peux toujours dire que je suis Canadien et ça englobe tout ça et même plus. Être Canadien, c'est encore aujourd'hui la façon la plus simple de me définir. Je suis l'enfant d'un immigrant qui était l'enfant d'un immigrant lui-même, un Canadien qui vit en Irlande. J'ai des racines anglaises... et aussi japonaises, de par mon père. J'utilise donc très peu d'étiquettes pour me décrire. Ça devient très compliqué d'en utiliser une seule, de toute façon.», m'explique-t-il. Il n'est pas faux de dire que Joshua représente ce qu'est le multiculturalisme en soi. Son patrimoine culturel et généalogique est complexe, incongru... On ne peut pas dire que ce melting pot a éveillé son inclinaison pour le voyage, pour l'ailleurs, mais il suggère néanmoins une certaine influence sur son ouverture d'esprit naturelle. Et cette piqûre de l'ailleurs ne semble pas avoir d'antidote. Mais n'empêche que j'aimerais soudainement être piquée par la même bestiole, pas vous?


Joshua Moreno est propriétaire de Lyón Loring, une boutique «art de vivre» de Dublin. Vous pouvez consulter son site web au https://www.lyonloring.com .

| par La vie est un piment

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