Siobhán Thomas: Amour du risque... ou risque de l'amour


«Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement.» (Bouddha)


Je n'avais pas parlé à Siobhán de vive voix depuis vingt ans et lui reparler me plonge instantanément dans mes premiers vrais souvenirs de contacts avec l'étranger, quand j'avais seize ans. On était en 1996, j'étais en cinquième secondaire et j'arrivais tout juste d'une autre région. Je me suis rapidement ramassée à côtoyer une joyeuse bande d'étudiants étrangers fraîchement arrivés comme moi, pour une année d'aventure québécoise. Je n'avais jamais parlé anglais de ma vie. Je n'avais jamais abordé de gens d'ailleurs non-plus, outre des Français. J'étais soudainement catapultée dans un groupe où j'étais à peu près la seule «de souche», et dont les autres membres étaient un Thaïlandais (qui allait devenir mon petit ami, hé oui!), un Allemand, une Suédoise, une Finlandaise, un Paraguayen, à qui s'était greffée une Mexicaine, en plus de cette chère Siobhán, Australienne. Grâce aux réseaux sociaux, la plupart de ces gens font encore aujourd'hui partie de ma vie virtuelle. Et j'ai naturellement pensé à Siobhán pour écrire ce texte, puisqu'elle a un parcours inusité et inspirant de par les risques payants qu'elle a pris et ses décisions non-orthodoxes, parfois à contre-courant. Elle est l'exemple même de ce qu'il faut faire pour atteindre le bonheur: Ne pas rester dans l'immobilisme latent et jouer all-in quand l'opportunité s'y prête. Et si ça implique de faire défroquer un moine bouddhiste pour l'épouser (vous avez bien lu), alors pourquoi pas? Royal flush.

Quitter par amour

Australienne, mon amie a cependant quitté le down under land [1] il y a de cela plus d'une décennie. Ayant toujours eu une attirance indéniable pour les cultures asiatiques, elle avait fait des études coréennes à l'université et parcouru le continent. «Étudiante, j'ai obtenu deux bourses pour aller passer une année en Corée du Sud. J'y suis partie quelques mois avant le début des cours, aussitôt l'argent du billet d'avion amassé. Je m'y suis trouvé un emploi à temps partiel et je me suis familiarisée avec l'endroit. Avant même de commencer l'école, j'avais appris plus de coréen que pendant mes trois années d'université.», me raconte-t-elle. «Sinon, j'étais une étudiante normale, j'allais à l'école et je buvais de la bière à tous les jours.». (Oui, c'était le bon vieux temps, pensais-je. Le temps où on pouvait boire et récupérer assez vite pour performer comme un chef à son examen matinal.) Au retour de la Corée, il lui restait environ deux ans d'université à faire pour avoir son diplôme. Elle étudiait, et avait pour plan de déménager au Cambodge tout de suite après, car elle avait rencontré un garçon pendant des vacances, sans savoir qu'il allait devenir le père de ses enfants et l'homme de sa vie: «J'avais déjà rencontré Piseth, alors je voulais retourner au Cambodge, bien entendu. Nous avions une relation spéciale, parce qu'il était loin et... et parce qu'il était moine à cette époque.». Elle rit et continue: «On parlait au téléphone régulièrement, étions devenus très bons amis et nous savions que nous avions une connexion spéciale. On voulait voir où cela pourrait nous mener et évidemment, ça ne se fait pas au téléphone, et encore moins quand l'un est en Australie et l'autre est un moine au Cambodge.». Elle a donc acheté un aller simple pour le Cambodge pour aller au fond des choses et voir ce qui allait arriver. «J'ai quitté l'Australie par amour.», résume-t-elle en toute simplicité.

Le grand risque


C'est surprenant pour quiconque ne s'y attend pas quand elle raconte cette histoire. «Piseth était déjà un moine depuis treize ans, et il avait planifié dédier sa vie entière à cela. Tous ses amis étaient des moines depuis dix ou quinze ans, et lui-même était un moine de haut rang.». Elle m'explique qu'il existe différents niveaux de moines: On commence comme jeune moine et peu à peu, on progresse dans son éducation jusqu'à devenir un moine de haut niveau. Ce sont eux qui vont dans les cérémonies gouvernementales et qui prient pour le premier ministre, ce genre de choses. «Et c'est ce qu'il faisait, justement. C'était donc une énorme décision de quitter pour lui. Ça me mettait aussi beaucoup de pression. Si ça ne fonctionnait pas, je pouvais toujours retourner en Australie et passer à autre chose. Même si ça nous mettait à risque tous les deux, c'était pire pour lui car en cas d'échec, il aurait perdu son occupation et son chez-soi. Il aurait pu revenir, mais ils (au monastère) auraient probablement questionné ses motivations.», renchérit-elle, sérieuse. «Alors, je me pointe là-bas avec le plan de me trouver un emploi. Le Cambodge est un pays très différent de l'Australie et de la Corée du Sud, deux pays très avancés avec tout ce que tu as besoin à portée de main. Au Cambodge, rien n'est pratique: Il n'y a pas d'infrastructures, pas de transport public, pas de système de santé adéquat, et c'était difficile pour moi. Je venais d'une famille de la classe moyenne et j'avais eu une vie douillette.», m'explique-t-elle, honnête, avant de continuer: «Je me retrouvais à vivre dans un logis avec de l'électricité disponible seulement quelques heures par jour, je n'avais pas de réfrigérateur ni d'eau chaude. J'avais beaucoup d'adaptation devant moi en ce qui a trait au confort.» Cependant, il y a des peuples comme ça qui sans qu'on ne s'y attende, réussissent à nous faire sentir comme à la maison. Pour Siobhán, c'était exactement ça, ce pays: «Tu sais, quand tu entres en contact avec un peuple et que tu sens qu'il y a une connexion spéciale? Je n'avais pas senti cela au Canada ou en Corée, mais je l'ai senti au Cambodge. On me disait que j'étais comme une Cambodgienne, ce qui est je crois un compliment et un gage d'acceptation». Je la comprends. On m'a souvent dit que j'étais une Turque dans un corps de Canadienne, lors de mes séjours au pays de Mustafa Kemal. Je ne peux donc qu'acquiescer.

Se préparer


Pour se préparer à ce long voyage dans un pays si différent, Siobhán a fait la meilleure chose possible : Elle est allée au temple cambodgien de Canberra pour demander conseil et apprendre un peu de khmer, la langue locale. «Au Cambodge, les moines sont les meilleurs enseignants, me raconte-t-elle. Si tu veux savoir en détails quelque chose qui se rapporte à ce pays, les moines le savent. Je suis donc allée environ une fois par semaine prendre des leçons de khmer avec le moine et j'ai appris des tas de choses sur le pays. Ce moine est encore aujourd'hui un bon ami et il connaît mon mari aussi, puisqu'ils ont vécu dans le même monastère à Phnom Penh. L'apprentissage de la langue fut vraiment le cœur de ma préparation.». Elle me raconte que Piseth n'avait commencé l'apprentissage de l'anglais que depuis trois mois lorsqu'ils se sont connus, mais que malgré tout, il pouvait tenir une conversation et communiquer assez bien avec l'aide d'un dictionnaire. Je me dis alors que l'amour a son propre langage, complètement indépendant, et qu'il importe peu que deux personnes parlent la même langue si le langage de l'amour est reconnu et maîtrisé. «Je peux parler un peu khmer et lire aussi, même si mon niveau de lecture et celui d'un jeune de deuxième année. La langue a tellement de voyelles! C'est compliqué. Je peux quand-même comprendre ce qui se passe autour de moi même si mon mari adore dire à tout le monde que mon khmer est médiocre. Il faut dire que les conjoints ne sont jamais les meilleurs professeurs.», m'explique-t-elle en riant de bon cœur. Étant avec quelqu'un du coin, il faut dire que la langue locale sert exclusivement à la vie sociale plutôt qu'au reste: «Je n'avais pas à faire quoi que ce soit comme payer les factures ou organiser la routine quotidienne, parce que Piseth était là pour le faire. Notre relation avait commencé en anglais et il était naturel de continuer de parler anglais entre nous.». Puis, elle me sort un concept intéressant: «le khmer à la maison est habituellement axé sur la nourriture. Nous mangeons beaucoup cambodgien, alors la routine alimentaire est une activité khmer depuis le début. Même encore aujourd'hui.». J'aime cette idée du khmer qui reste à la table au même titre que les mets du pays. Je vois en cela une forme d'intimité signifiante.

La grande annonce


Me rappelant le moment où j'avais annoncé à mes parents que je quittais le Québec pour aller vivre en union libre avec mon amoureux mexicain de l'époque, je voulais donc savoir ce que Siobhán avait vécu, en comparaison. «Je pense que bien des gens ont pensé que j'avais perdu la tête, m'avoue-t-elle, le sourire dans la voix. Pas mes parents par contre, ni mon grand-père. En plus, la décision de nous marier s'est prise rapidement. Aussitôt arrivée au Cambodge, vingt-quatre heures après, Piseth demandait ma main. Et moi de lui dire que je venais d'arriver, qu'il valait mieux attendre un peu, apprendre à nous connaître...» Effectivement, c'était rapide comme demande. «Mais il est revenu à la charge deux jours après et j'ai accepté, car moi-même j'étais convaincue. Vite comme ça. Quand je l'ai dis à mes parents, j'étais un peu nerveuse, mais ils n'ont pas été surpris, comme s'ils s'attendaient déjà à cela. Ma mère a toujours dit qu'elle me faisait confiance pour que je prenne les bonnes décisions pour moi-même.», me dit-elle. Et quand ses parents sont venus rencontrer son fiancé, un mois plus tard, au bout de cinq minutes, ils savaient aussi qu'elle avait pris la bonne décision. «Ça a été aussi facile de me faire accepter par la famille de Piseth. Ça me stressait car ils n'avaient jamais rencontré de femme étrangère auparavant. J'avais peur qu'ils se demandent ce que leur fils était en train de faire, moi qui ne parlait même pas le khmer. Mais non, ça a bien été.», poursuit-elle. «Nos deux contextes familiaux ne diffèrent pas beaucoup. Nous avons tous les deux des mères fortes et des pères plus tranquilles et passifs et dans notre structure familiale, ce sont nos mère qui organisent tout. Dans ma propre famille, même si mon mari est celui qui s'occupe de gérer le quotidien, c'est moi qui prend les grandes décisions parce que c'est ce que sa mère fait et c'est ce que la mienne fait aussi.», ajoute-t-elle. Il est vrai que le contexte culturelle est une chose, et le contexte familial en est une autre. Le mariage eu lieu l'année d'après, en janvier. Il fallait le faire, convaincre un moine de changer de cap dans sa vie.

Adaptabilité et intégration


Et les chocs culturels, eux? «Le plus gros a été la famille. Je veux dire, la famille cambodgienne.», me répond-elle. J'en comprends que son mari vient d'une famille nombreuse et que les familles cambodgiennes sont parfois un peu envahissantes. «Ils viennent chez toi et prennent possession des lieux. J'aime la tranquillité. Je parle beaucoup et je suis extrovertie, mais j'aime aussi beaucoup lire des livres et passer du temps seule.», m'explique-t-elle. «Quand sa famille venait nous visiter, je trouvais cela épuisant et vraiment un peu too much. C'était écrasant. Quand j'essayais d'expliquer cela à Piseth, il ne comprenait pas et voyait cela comme de l'impolitesse de ma part et que je ne voulais pas sa famille dans notre entourage. Je voulais seulement un peu de paix et de solitude. Il ne comprend toujours pas mon besoin aujourd'hui, mais il comprend que J'EN AI BESOIN. D'une certaine manière, c'était aussi un choc culturel pour lui. Le Cambodge est un pays très fort sur l'acceptation, plus que l'Australie je crois.». Je vois la nuance. Et pour trouver un emploi? «C'était vraiment facile. Je n'avais même pas de diplôme en enseignement dans ce temps-là, ce que j'ai maintenant, et ça semble terrible de dire cela, mais j'étais blanche, j'étais une femme et j'étais jeune, trois critères avec de la valeur aux yeux des écoles de là-bas. J'ai pris un "mototaxi" avec ma pile de cv, il m'a amené à cinq ou six écoles de la ville, et je pense que toutes m'ont offert un emploi. Une jeune femme blanche, c'était le combo parfait.», m'explique-t-elle. J'ai vu cela ailleurs dans le monde, à bien y penser. Surtout dans les pays en voie de développement. Une école prend beaucoup de valeur aux yeux des gens nantis lorsqu'elle compte un ou des enseignants étrangers. C'est un gage de crédibilité pour plusieurs.


L'Australie étant un île multiculturelle un brin isolée (lire loin), elle fut un des éléments déclencheurs qui a donné à Siobhán sa soif de découvrir le monde. «Je ne connaissais pas beaucoup d'Australiens qui avaient voyagé à l'étranger dans les années quatre-vingt. C'était incroyablement difficile à cette époque et peu de gens avaient même un passeport.», me dit-elle. Elle me raconte aussi que son grand-père, lui, avait voyagé, entre autre en Israël, car il était un scientifique: «J'adorais entendre les histoires de ses voyages et il savait que ça m'intéressait. J'avais l'habitude de rencontrer ses amis israéliens quand j'avais six ou sept ans.» Elle eut la piqûre définitive du voyage à l'âge de quinze ans, lorsqu'elle partit en vacances avec sa famille à l'extérieur du pays pour la première fois: «Nous sommes allés en Papouasie Nouvelle-Guinée, pas exactement la typique destination touristique fréquentée par la plupart des Australiens. «C'était fantastique. Je suis revenue et j'ai tout de suite appliquée pour un échange étudiant à l'étranger. Ça m'a trotté dans la tête dès mon retour.», décrit-elle.

Hong Kong


Siobhán et Piseth ne vivent aujourd'hui plus au Cambodge, mais plutôt à Hong Kong, un peu à cheval entre l'Australie et le Cambodge, dans le fond. Je lui demande ce qui les a poussé à partir vers un nouveau chez-soi, le Cambodge n'étant pas vraiment un pays dangereux pour les étrangers. Le temps de la guerre, de Pol Pot et de Khmers Rouges est révolu. «L'histoire ne définie pas totalement ce que nous sommes maintenant. Ça nous impacte, mais ça ne fait pas ce que nous sommes.». Ça fait plein de bon sens et c'est plein de sagesse. «Je ne m'intéressais pas à Hong Kong, en fait. Nous y sommes allés parce que ma santé était vraiment mauvaise au Cambodge, tellement que je ne pouvais plus rester. Je souffre d'asthme sévère et le système de santé est tellement mauvais...», m'explique-t-elle. «Je ne pouvais plus travailler et j'appelais tout le temps mes parents pour demander des sous pour pouvoir aller à l'hôpital avoir des soins. Comme ma mère enseignait à Hong Kong, elle m'a dit de venir la retrouver là-bas, puisque tout est vraiment bien organisé. Ils ont un système de santé public de qualité, tout a été calqué sur le modèle britannique, les écoles sont bonnes, et on m'offrait un emploi, alors on a appliqué et on est venu.». Elle continue en m'expliquant la perspective de son mari: «Pour Piseth, c'était franchement plus difficile, car il quittait sa famille et n'avait rien ici. Il était seul et s'ennuyait beaucoup, si loin de sa famille. Encore aujourd'hui, c'est beaucoup plus difficile pour lui. Je suis occupée, je travaille à tous les jours. Nos deux fils sont nés ici et il a été décidé que lui resterait à la maison pour s'en occuper, mais maintenant les enfants vont à l'école dans la journée. Il a son entreprise, une ferme produisant du poivre noir, au Cambodge, qu'il gère à distance.». Puis, elle me parle plus en détails de la situation, et je suis surprise de ses propos: «Il y a des préjugés à Hong Kong contre les personnes qui sont foncées, et mon mari l'est. Donc, les gens pensent qu'il est un aidant domestique, en particulier quand il fait des choses comme aller chercher les enfants à l'école ou même lorsqu'il fait les courses. Les gens concluent qu'il est aidant domestique et non le papa.».


Je n'ai jamais vécu moi-même une situation où j'étais victime de racisme, donc c'est difficile de me mettre dans la peau de quelqu'un qui le vit. Cependant, je peux imaginer la frustration que certaines généralisations hâtives peuvent créer. «Je sais que certaines personnes ont de la difficulté à accéder à la culture chinoise. J'ai eu certaines difficultés d'adaptation dans les deux précédentes écoles où j'ai enseigné, mais dans le milieu de travail où je suis actuellement, tout ce passe bien et les gens sont amicaux.», me raconte-t-elle. De l'Australie, ce qui lui a toujours manqué, outre sa famille, c'est la facilité de trouver certaines choses lorsque tu en as besoin. Surtout à Hong Kong. «Par exemple, je suis allée dans quatre magasins différents parce que je voulais de l'essence de vanille, quelque chose de si simple à trouver en Australie. C'est difficile de trouver quelque chose de spécifique quand tu en as soudainement besoin. Tu dois envoyer des messages sur Facebook demandant : Où puis-je trouver ceci ou cela? Et ensuite, on voyage quarante minutes pour aller le chercher et ça ne vaut juste pas la peine.». Ah. Et les plages lui manquent aussi. «Les plages à Hong Kong sont plutôt moyennes», continue-t-elle en éclatant de rire.

Une famille à cheval sur trois cultures


Hong Kong. a toujours été une terre remplie d'expatriés, puisque c'était une colonie anglaise. «Étant Australienne, c'est donc assez facile pour moi d'y faire ma place, comparé à mon mari, explique-t-elle. Je pense que nous avons fait une erreur de ne pas inscrire nos garçons dans des classes de cantonais. On a essayé très fort avec le plus jeune, parce qu'ici, si tu parles cantonais, c'est bien plus facile d'accéder à tous les services communautaires. Il peut aller à la classe locale de taekwondo, ou au club de tennis, et tout se fait en cantonais.». Ce genre de choses, mais en anglais, c'est plus difficile à trouver. «Les écoles pensent que c'est trop dur d'éduquer les enfants d'un milieu non-cantonais dans cette langue, ce qui est un peu ridicule. C'est comme si tu es au Québec et que tu dis à une famille d'immigrants: Désolé, vous ne parlez pas français, donc votre enfant ne peut pas venir à notre école. Pourtant, ça arrive souvent à Hong Kong. L'école nous dit qu'on ne peut pas fournir le support nécessaire. Je sais que je peux et je m'engage à le fournir, en fait. J'ai un entourage qui aurait pu m'aider, mais ça ne semble pas assez. Donc aucun des deux n'a appris le cantonais.». Leur milieu est particulier, dans la mesure ou on a un papa cambodgien, une maman australienne et deux petits garçons qui se définissent eux-mêmes de Hong Kong: «On ne pense pas vraiment à trouver un équilibre. Je suppose que ça se fait tout seul. Mon plus vieux, quand il était petit, avait le khmer comme première langue, puisqu'il passait beaucoup de temps avec son papa. Puis, il a appris l'anglais au terrain de jeu et en devenant plus sociable. Pour le deuxième, sa langue maternelle est l'anglais, car il a joué avec son frère en anglais. Alors à la fin, ils sont devenus un peu plus australiens que cambodgiens, entre autre parce que malgré leurs prénoms, ils ne ressemblent pas vraiment physiquement à des Cambodgiens.», raconte-t-elle. Elle explique: «Nous vivons d'un manière très australienne, je crois. Par exemple, nous n'avons pas d'aidant domestique, contrairement à la norme. Je ne voulais pas que mes enfants n'apprennent pas à faire certaines choses par eux-mêmes, comme mettre leur bol dans l'évier. Ils peuvent très bien faire cela.».

Choix de vie


Siobhán et Piseth ont pris certaines décisions quant à leur mode de vie pour permettre à leurs fils de s'ouvrir au monde. C'est une valeur importante pour le couple et ça reflète en même temps le type de famille hors du commun qu'ils constituent. En ce sens, au lieu d'inscrire leurs enfants dans des écoles internationales chères, ils ont pris la décision de les mettre dans les écoles gouvernementales et ainsi garder l'argent pour voyager souvent. «C'est une partie de leur éducation que de les exposer au monde. C'est important dans leur développement en tant qu'humains, me dit-elle. Avant même de pouvoir parler, on peut faire l'expérience de ce qui se passe dans l'environnement qui nous entoure. J'ai amené mon plus vieux en Islande quand il avait un an. Il ne parlait pratiquement pas anglais. On a passé deux semaines là-bas et il ne s'en rappelle pas, et certains me disent: Quelle perte!, mais non, il a quand-même vécu l'expérience. Il était en train de développer son cerveau quand-même!», s'exclame-t-elle, convaincue. «Maintenant qu'ils sont plus vieux, c'est encore mieux. Je pense qu'ils vont me parler de la Finlande pour le reste de leur jours. Nous les avons amené là aux dernières vacances. C'était le voyage de leur vie! Mon plus vieux me parle déjà de faire un échange étudiant en Finlande quand il sera grand. Ça l'a sérieusement marqué, tellement qu'il veut y retourner.», me raconte-t-elle avec fierté. Elle continue: «C'est important pour moi qu'ils ne soient pas seulement dans leur bulle de Hong Kong, alors on saute sur l'opportunité de voyager, de voir du pays, de mieux comprendre ce qui arrive sur la planète. Sinon, on ne voit que ce que les médias veulent qu'on voit.». Voyager avec des enfants n'est pas toujours de la tarte, surtout quand ils sont petits, mais j'en conclus c'est tout à fait faisable, avec de l'organisation, de la patience et un bon sens de l'humour.


«Faites-le. Partez voyager par vous-mêmes si vous le pouvez. Si vous voyagez pour la première fois, partez seul. Vous serez plus enclin à parler aux gens et à ce que les gens vous abordent. Si j'étais partie au Cambodge avec quelqu'un, je n'aurais probablement pas connu mon mari, parce qu'il ne serait pas venu m'aider en pensant que j'étais perdue.». C'est son conseil que je partage avec vous car il m'a aussi personnellement servi. Siobhán est aussi la preuve vivante qu'il n'existe pas qu'un seul modèle familial, et que les unions multiculturelles peuvent fonctionner. Trop de gens passent à côté du bonheur, parce qu'ils choisissent le confort au risque. Pour Siobhán, le risque de l'amour a porté ses fruits. Et c'est en regardant les fruits d'un arbre qu'on peut conclure que le risque en valait la chandelle.




[1] l'Australie


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