Orlando: Ma grande aventure floridienne


«Rêve ta vie en couleur, c'est le secret du bonheur.» (Walt Disney)

Je reviens tout juste de Floride, précisément du comté d’Orange, le paradis de l'orange à nombril bien juteuse et dégoulinante (je les adore, saupoudrées de sel marin et de poivre noir du moulin, ou encore de poudre de piment... Miam! Un délice!) Oui, comme des milliers de Québécois blasés à l'année longue du climat capricieux d'ici (je suis polie, là), de ses teintes de blanc et de gris figées comme des sourcils en tatouage permanent et de ses 18°C venteux, j'ai suivi sans trop me poser de questions la tendance, voire même la tradition, moi, véritable petit «mouton suiveur» frisé et crépu en quête de distraction pour contrer l'ennui mortel du quotidien. J'ai essayé ça, cette grande aventure floridienne dont on m'avait tant vanté les mérites... Du moins l'escapade express, car comme je ne partais que trois nuits, je n'avais le temps que de m'imprégner succinctement de la chose en question, quoi que ce fut assez spectaculaire pour que je vous en parle ici. Après tout, si les tendances et les traditions existent, il doit bien y avoir une raison... Les moutons suivent forcément quelqu’un qui lui, l’a, l’affaire. Da roof, da roof, da roof is on fire. Follow the leader leader leader [1]… Tasse-toi mon oncle, Orlando, j’arrive!


D’abord, sachez que je ne vous parlerai pas des parcs thématiques, ici. Nenon. Ne craignez rien : Votre âme est sauve, pour cette fois (je crois). Peter Pan serait amèrement déçu de sa petite Marie-Eve, il va sans dire, mais mon cœur d’enfant a un peu vieilli, voyez-vous, il s’est ratatiné comme un pruneau sec, et même si l’état est réversible, pardonnez-moi de vous décevoir et traitez-moi d’indigne si ça vous fait du bien, mais je n’avais pas du tout envie de prendre un bain de marmots criards des autres, avec leurs yeux fous-braques et leur feu au cul, et je ne suis pas du tout l’amie des mascottes, que je trouve répugnantes (on ne sait jamais quel pervers se cache dans un costume de mascotte, et ce qu’il est en train de faire réellement à son corps d’adonis… ou de patate au four). J’allais à Orlando accompagnée d’un ami pour voir un match de foot. C’est cet Orlando-là qui m’intéressait, vous vous en doutez bien… et peut-être Orlando Bloom aussi, mais ça, c’est un tout autre chapitre que je n’ai pas le temps d’écrire aujourd’hui. Sorry mesdames.


C’était la toute première fois que je faisais un voyage de soccer pour suivre expressément mon club, l’Impact de Montréal, et je ne savais que dalle si la population locale allait nous accueillir avec une brique et un fanal, ou avec tambours et trompettes, nous, pauvres illuminés égarés entre les élégants palmiers longeant Rosalind Avenue comme une haie d'honneur. On ne sait jamais quelle sera la réaction d’une communauté investie lorsque l’ennemi arrive poing en l’air en véritable conquérant et arborant casquettes et écharpes en guise d’armure. Dès notre arrivée, après avoir sauté dans un bus à deux dollars pour quitter l’aéroport et rejoindre le centre-ville (prenez le bus 11, c’est fa-fa), on a découvert notre suite placée au centre de l’univers, juste au bon endroit, dans un secteur propre et intéressant sur Pine Street East. La suite spacieuse pouvait caser jusqu’à six personnes pour un prix tout à fait raisonnable, on ne rit pas avec les escapades express improvisées et on y va le tout pour le tout, tant qu'à être ici. Et les petits déjeuners de l'hôtel étaient copieux à souhait et inclus… Tout ce qui est inclus fait d’ailleurs sourire à belles dents, ne trouvez-vous pas? Surtout la bouffe… et l’alcool en 5 à 7… et une navette pour se déplacer dans le secteur… Amen.

Sur le chemin en bus, nous sommes passés à côté du Pulse, ce bar tristement célèbre où l'an dernier, un illuminé a lâchement assassiné une multitude d’êtres humains qui s’amusaient, et dont la seule faute (qui n’en était absolument pas une) était leur homosexualité. Le bar n’a jamais rouvert depuis l’horrible massacre et se tient là, stoïque, comme un sanctuaire multicolore voué à ces âmes arrachées à ce monde bien avant leur heure. Il est impossible de fouler Orlando sans penser à cette tragédie, surtout que la ville entière, en réaction à cette violence gratuite, a systématiquement adopté le drapeau arc-en-ciel, comme pour faire un pied-de-nez impétueux à ce détestable concept d’homophobie, plus qu’indésirable en ces années où l’intolérance semble revenir à la mode aux quatre coins du monde. Le drapeau était partout, tellement que je me demandais si mon hôtel n’était pas au cœur du quartier gai, au début. On les aperçoit sur les devantures des commerces, ils pendent des balcons, bercés comme des nourrissons par la brise maternelle, sont en vitrine à côté d’œuvres d’arts modernes exposées en galerie, ou sont hissés devant un restaurant bondé. C’est assez émouvant quand on a une vue d’ensemble et qu’on découvre ces belles couleurs vives étalées sur la ville comme un grand drap bigarré, en guise de message de bienvenue à tous les genres. Orlando ne fait pas les choses à moitié. C’est les États-Unis après tout, et aux States, ça «think big sti» à toute heure de la journée.


Midi, des tacos bien garnis de chez Tin & Tacos, et une orgie de bière à 1$ (ben non, juste une, tsé). Il faisait chaud à transpirer sa vie à grosses gouttes et la piscine bien fraîche de l’hôtel allait être ma nouvelle meilleure amie sous peu (la vue sur l’édifice en chantier juste en face et ses ouvriers voyeurs ne me dérangerait même pas dans mon élan). En arpentant les rues proprettes du centre-ville, on se retrouvait tout à coup à Eola Lake à déambuler entre cygnes, oies et canards, comme si cette cohabitation digne d’Alice au Pays des Merveilles était d’une banalité tout à fait normale. Un cygne trompette attaquait à coups de bec une distributrice à peanuts, pendant qu’un autre tentait de me «snapper» un doigt au passage, le vilain petit canard. Des cygnes noirs dormaient sur la rive, la tête et le cou tapis dans leur duvet. Des tortues se faisaient griller le bedon sur les rives, pénardes, pendant qu’un défilé «vegan» se préparait au parc d’à-côté, dans un esprit «peace and love» indémodable et assez gringo. À vingt-quatre heures du match, les rues avaient initié leur métamorphose et se vêtissaient de violet, la couleur de l’équipe de soccer locale. La fête commençait déjà ! Certaines rues étaient fermées aux voitures pour une soirée pré-match bien (trop) arrosée, ça sentait la friture et l’effervescence un peu fofolle. Ici, il y a le Magic d’Orlando, l’équipe de basket, et les Lions, l’équipe de soccer. Dans les deux cas, les habitants du coin ont adopté le projet avec enthousiasme et si dans certaines villes la culture foot peine à se défricher un chemin viable, À Orlando, un tapis violet était déroulé du centre-ville au stade et dès qu’on le pisait, on se sentait emporté par le sport, la bonhommie et la joie de vivre.


Il y a un rythme différent en Floride. On n’a pas l’impression d’être à Montréal ou à New York (et encore moins à Rimouski). On se sent étrangement chez soi quand-même. Les gens sont cools, ils déambulent d’un pas relaxe, fredonnent un air populaire, latino style… Le weekend, on s’installe à la terrasse d’un bar à vin pour prendre une flûte de bulles rosées ou on mange des tapas jusqu’à satiété. On va déguster un gelato lavande et miel à Winter Park et faire une balade en bateau sur les lacs environnants pour zyeuter les maisons opulentes des Mr. Rich (oui, oui, c'est son nom) et autres célébrités locales. On va fumer un gros cigare et déguster un cognac ou un whiskey au Diamond Crown Cigar Lounge du Corona Cigar Company, et on dévore une pointe de pizza au poulet barbecue (la meilleure pizza au monde, littéralement) de chez Planet Pizza sur Washington Street juste après. Avant les matchs, c’est chez Hamburger Mary’s, un snack à l’américaine inspiré des années cinquante, qu’on va joyeusement engouffrer un burger gigantesque et des frites épicées que l'on noie de boisson gazeuse trop sucrée. Non seulement le nom était prédestiné pour moi, mais en plus, on nous servait l’addition dans une chaussure à talon haut. Juste pour ça, ça valait la peine d’y aller. Et en plus, c’était à dix minutes à pied du stade d’Orlando City. Manger à Orlando, c’est facile comme tout. Les rues du centre sont truffées de steakhouses, de taquerias, de pubs et de gargotes de toutes les sortes. Si on sort un peu des frontières de la ville, il y a toutes les options d’International Drive, et les charmants petits endroits de Winter Park, dont un restaurant turc hyper bondé qui sert ses lahmacuns, ses kebabs et ses baklavas au rythme des chansons de Sıla, de Tarkan et de Teoman, me replongeant le temps d'un repas dans ce que j’aime tant, le Moyen-Orient, faisant remonter moult souvenirs des mille et une nuits à chaque gorgée d'Efes.


Orlando... La belle Orlando... C’est aussi cet homme d’affaires en veston et cravate à bicyclette sur Magnolia Avenue un lundi matin. C’est le happy hour, son vino pas cher (et très buvable, ma foi) et ses amuse-gueules qui fondent dans la bouche, lesquels font si bien la paire avec la température ambiante et les vapeurs d’humidité de juin. Ce sont ces femmes musclées et bronzées amatrices de culturisme qui font du jogging, zigzaguant entre les édifices de béton en fin de journée. C’est cette terrasse de resto sympathique aux toutous, tout près de Thornton Park, où un bol d’eau et des gâteries pour chiens trônent sur le trottoir, avec un petit mot gentil pour inciter les promeneurs à s’arrêter un instant avec leur bestiole poilue pour les sustenter (et je ne parle pas ici de leur mari ou leur femme). C’est des adversaires qui te tapent dans la main au match de soccer, en bons joueurs, lorsque c’est Ignacio Piatti qui vient de marquer. C’est des Seven Eleven dans lesquels tu trouves tout ce que tu peux imaginer, même de l’aloès à minuit pour assouvir la brûlure d'un vilain coup de soleil (maudit soleil! Joke.). Cependant, ce qui nous avait marqué le plus, c’était l'extrême politesse ainsi que la gentillesse des gens. Je n'avais pas compté les fois où on m’avait complimentée pour mon chapeau, ou que l’on nous avait salué sur la rue. Les chauffeurs de bus, toujours courtois, nous guidaient immanquablement vers la bonne ruelle. Aussi, c’était toujours fort plaisant lorsqu’un piéton (en l'occurrence, moi) avait réellement priorité, et qu’aucune voiture ne tentait impatiemment de me couper ou de me klaxonner un bon coup, malgré mon pas de touriste hésitante.


Mais Orlando, c’est aussi un stade magnifiquement construit, juste dans le bon secteur, pour permettre aux partisans de socialiser avant et après les matchs tout en profitant d’infrastructures disponibles dans le coin à moins de quinze minutes de marche. Il est perché au milieu d’un brouhaha sans pareil, où tailgates, jeux de toutes sortes, food trucks, et boutiques se côtoient harmonieusement dans une ambiance de party. Il y a du transport en commun gratuit jusqu’à minuit dans le secteur et les rues sont fermées aux voitures dans les environs du stade pour permettre à la horde de fans finis de se déplacer en toute sécurité en marchant, il y a de la musique live et des bars éphémères installés au milieu de la place… Comme expérience foot globale, c’est franchement la totale: Fumigènes multicolores, partisans arborant les couleurs de leur club, soirées bien arrosées après le match, facilité à joindre l’utile à l’agréable en un temps et trois mouvements, fierté exposée partout en ville. Comme le Amway Center où joue le Magic est situé dans le même secteur, il n’est pas difficile pour moi de m’imaginer la même chose en saison de basketball.


Non, je ne suis pas allée à Disney. Ni au Space Center de Cap Canaveral. Ni à Cocoa Beach ni à Daytona Beach ni à Clearwater. Je n’ai pas foulé International Drive, même pas un seul de mes orteils ne l'a frôlé. En trois nuits, je me suis contentée de ce centre-ville moins connu des touristes, mais ô combien apprécié. On a arpenté les rues, zyeuté, bien bu, bien ri, bien bronzé. J’ai eu ce petit goût de vacances en bouche du début à la fin, et il me revenait tout à coup sur le bout de la langue en écrivant ces lignes. J’ai mangé une tonne de bacon et des brioches à la cannelle au petit déjeuner (Aux États-Unis, faites comme les Américains!).


Mon équipe n’a pas gagné. On s’est contenté d’une nulle un peu déconcertante, on a perdu la voix (surtout mon ami, qui a chanté comme si sa vie en dépendait pendant que je faisais un lipsync calculé) mais qu’à cela ne tienne, je retournerai à Orlando. Il m’est de toute façon impossible de concevoir toute une vie sans ne jamais plus croquer dans une pointe de Planet Pizza à dix heures le soir. «Rêve ta vie en couleur, c'est le secret du bonheur», disait Disney... À voir cette ville arc-en-ciel se déployer dans le soleil, la joie de vivre et la convivialité, je crois que Disney était non seulement un génie, mais surtout un devin.






[1] Follow the leader, chanson du groupe surinamais The Soca Boys.


Crédit photo: Eric Chan et Marie-Eve Albert

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