Pôles osés, forces opposées


«Les contraires s'attirent, les contraires se repoussent.» (Joyce Carol Oates)


Nous sommes tous habités par des forces opposées qui se plaisent follement à nicher en nous comme si nous étions douillets à souhait. Ne prétend pas le contraire, tu as tout faux! Il y a une longue nuit blanche et un jour interminable qui cohabitent dans nos multiples racoins, un oiseau de nuit qui rompt le silence nocturne de ses piaillements et une belle-de-jour qui se déploie sous la rosée du matin. Dans notre beau body, notre noix de coco pleine d'eau et notre petit «cœur après neuf heures», ça tire et ça pousse, ça braille et ça ricane, ça minaude et ça gronde. Ça a l'émotion à vif comme un talon ayant supporté un mauvaise godasse toute la journée (ou une entrejambe irritée par un jogging trop intense ou toute autre activité... bref), ou ça l'a glaciale comme un Popsicle [1] bleu framboise. Je n'ai encore jamais vu un plan de framboises bleues, d'ailleurs. Ça pousse où?


Choisir un pôle ou l'autre peut être une décision payante, mais osée, car si bien des contraires sont d'heureux mariages et permettent cet équilibre fort prisé, comme l'épice secrète qui rend la soupe goûteuse, le risque de se briser le nez en trébuchant existe bel et bien. Ces pôles sont pas toujours de purs opposés qui s'ignorent et se boudent tout bonnement non-plus. Après tout, le soleil ne reluque-t-il pas le cul de la lune sous sa jupe folâtre quand elle se sauve en trombe au petit matin, tout comme la lune pousse le soleil vers le lit à la brunante et le borde aimablement en lui susurrant une douce berceuse à l'oreille? L'être humain n'est juste pas né pour avoir un caractère égal comme une coupe de cheveux au carré, sans quoi il n'existerait pas une si vaste gamme d'émotions mise à notre disposition pour ajouter de la musicalité à notre quotidien, à l'instar des instruments d'un orchestre. Cependant, ce ne sont pas tous les musiciens qui savent jouer du violon. Certains jouent du piano ou de la cornemuse, d'autres du gazou, du ukulélé ou font des pets de dessous d'bras comme des pros. Il y en a qui sont si polyvalents qu'ils jouent de tous les instruments au gré de leurs inclinaisons. C'est ainsi: L'homme peut nager à contre-courants un jour ou se laisser descendre par la rivière, bien pénard, le lendemain.


Parfois, ça peut faire du bien de ne pas passer sa vie parmi ses semblables. À force de toujours s'entourer de ses clones, on finit par se taper soi-même sur les nerfs. Quand on n'est plus capable de se sentir, ça va mal en «tabar-bip [2]», je t'en passe un papier [3]... Si par moments on choisit volontiers de flirter comme un porc avec ce qui est contre sa nature, il faut de temps en temps oser fuir certaines oppositions comme la peste bubonique, question de sauver son âme en péril de moult dangers évitables (et là, j'entends le Luc De Larochellière des années quatre-vingt-dix crier: «Sauvez mon âme hé hé!»). Mais que doit-on éviter à tout prix pour se préserver? À quel moment doit-on faire une feinte à la vie? Que doit-on tolérer prudemment et surveiller assidument? Et quelle force opposée nous est nécessaire comme l'eau et l'air pour aller de l'avant en gardant l'esprit sain (pas saint, là)? Voici un classement de mon cru aromatique et rond en bouche à propos de ces forces à combattre ou à laisser entrer impunément dans nos existences, et comme je ne suis ni scientifique ni omnisciente ni œnologue, je t'invite à en boire un verre ou une bouteille entière, à ta discrétion, en faisant un «chin chin» à la vie et à ses complications!


Évite sans faute (pas touche, bref):


Le pire partenaire qui soit pour toi


As-tu vu ce film de série B où un bad boy de la pire espèce s'acoquine avec la gentille fille du coin et lui fait voir toutes les couleurs du cercle chromatique? Ou encore celui à propos de cette croqueuse de diamants avide qui attrape par les roubignoles le bon gars trop généreux et le dépouille de son argent... et de sa dignité, au passage? Mais dans la vie, la vraie de vraie, là, le réel rattrape souvent la fiction. On dirait que la nature humaine est ainsi faite que les gens s'intéressent à ce qui leur est néfaste, comme pour mettre à l'épreuve leurs propres limites. Come on, pourquoi fait-on ça? C'est de l'autodestruction mal camouflée ou quoi? Pourquoi la midinette aux yeux doux s'entiche de ce John Travolta «greasien» en puissance (tignasse graisseuse incluse)? Est-ce pour son déhanché spectaculaire? N'y a-t-il pas de gentil garçon avec un déhanché similaire? Il y aura toujours cette déesse s'étant amourachée d'un voyou qui a choppé perpette pour un crime véreux, qu'elle visite en prison une fois par semaine, d'ailleurs, et qui, la voix tremblotante, raconte son histoire dans les lignes ouvertes à la radio pendant que son nourrisson braillard sans père s'égosille dans ses bras. Comme si ce n'était pas assez, plusieurs femmes ont la réputation de s'intéresser à des mecs pour le blé ou le statut avant tout, entachant la crédibilité de toutes les chouettes filles au passage. On n'a qu'à ouvrir un magazine pour que ça nous frappe aux yeux: Dans ses pages glacées comme l'hiver trône cette playmate de vingt-trois ans mariée à un papi milliardaire. qui accepte de se faire trimbaler en trophée de chasse partout, véritable poupée muette. Tu sais quoi? Céder à de telles forces opposées devrait être assorti d'un peine de prison pour manque de jugement ou paresse cérébrale. Le cœur a beau avoir toutes les raisons du monde, il y a de ces cachotteries qu'il ne devrait jamais faire à sa raison!


De vivre entre l'ombre et la lumière (Marie-Carmen, sors de ce corps!)


C'est péché de gaspiller ses talents au nom d'excuses à la con. Quand le «tchou-tchou» passe, il faut y sauter. Si tu passes la main, ne viens pas me casser les oreilles avec des «j'aurais donc dû...». Si parfois, on hésite à prendre le spotlight qui nous est pourtant destiné et qu'on a peur d'avoir peur, d'autres fois, on fait semblant d'hésiter pour attirer l'attention sur soi, parce qu'avoir l'air d'être pris entre deux chaises, ça intrigue l'œil compatissant et Dieu qu'on en est avide. D'autres ont l'occasion de briller dans leur travail, leur vie sociale, ou en dépassement personnel, mais gardent perpétuellement le pied sur le frein pour des raisons inventées de toutes pièces qui n'ont aucune cohérence émotionnelle. L'hésitation les assaille, ils taisent abruptement cette bonne amie intérieure appelée instinct et sont prisonniers entre chien et loup, entre ombre et lumière, entre reconnaissance publique nourrissante et vie privée trop discrète.


Déjà, quand on aspire à quelque chose, on ne peut pas vouloir le beurre et l'argent du beurre en même temps, sans quoi il devient préférable de changer de projet. Tu es all-in ou te couches. Faire les choses à moitié devrait être interdit par la loi. Bien des individus adorent se faire prier de bouger vers l'avant et ça les rend intéressants aux yeux d'autrui de jouer à «l'agace-pissette». Faire un tango entre fame et anonymat, entre reconnaissance et effacement, entre progression et immobilisme, c'est à bannir. Il faut décider et mettre le pied à terre avec conviction. De plus, clamer l'humilité pour justifier ses changements de cap d'un air faussement naïf est un mensonge criant, car l'humble ne clame pas qu'il l'est, et bien souvent, il ne le sait même pas. La vraie humilité est un mouvement naturel de l'âme, et ne devrait point être expliqué. Apprend à assumer les conséquences de tes choix, et cesse d'en parler. Choisis et fous-moi la sacrosainte paix. Quand tu as une aura de star, tu as beau dire que tu n'en es pas une, mais ta nature te rattrape toujours. Amen.


L'extériorisation extrême de ton blabla intérieur incessant


«Je dis ce que je pense». Cette phrase, prononcée avec détachement, on l'entend trop souvent. Évite d'en faire un usage excessif, s'il te plait. Déjà, toute vérité n'est pas bonne à dire et clamer le faire en tout temps sonne comme un manque de savoir vivre assumé publiquement. Et ça, c'est pas gentil, gentil. Il faut savoir trouver l'équilibre entre son blabla intérieur et l'extériorisation de ce dernier. Parfois, on doit se mêler de ses affaires et fermer sa grande trappe. Toute la jasette que notre cerveau nous raconte à longueur de journée, ce n'est pas la vérité, C'EST NOTRE VÉRITÉ. Et ta vérité est peut-être dans le champ de fraises en train de cueillir une chopine dans le but d'en faire des confitures. Avec le temps, j'ai appris à me fermer la margoulette. J'ai même volé un truc à une collègue que je te partage volontiers, au cas où il sauverait quelques unes de tes amitiés: Au bureau, j'ai collé un beau p'tit Post-It jaune sur l'écran de mon PC, sur lequel j'ai écris trois belles lettres majuscules : FTY. Ferme... ta... yeule [4]... Quand j'ai envie de péter un plomb royal sur une conférence téléphonique, je zyeute mon petit reminder, je respire profondément et je me mords la langue jusqu'au sang. Ça ne goûte pas très bon, le sang en bouche, mais c'est mieux qu'un coup de batte de baseball en pleine face en sortant du boulot. De grâce, choisis tes batailles verbales et n'oublie pas de te vêtir de ta décence avant de sortir de la maison, le matin. On doit savoir garder certaines pensées pour soi, point barre, surtout si personne ne nous a sonné.


On veut (beaucoup, passionnément, à la folie):


Être atteint du célèbre «syndrome du Mini Wheat»


S'il existe deux forces opposées qui peuvent te servir à merveille dans le quotidien, c'est bien d'avoir autant de sérieux que de folie en réserve. Ça te permet d'arborer une certaine polyvalence cousinée et douillette dans le quotidien. Il ne sert à rien de bosser à se donner de l'importance, arborant un visage bébête ou impassible en exhibant toute son intellectualité un peu poussée par les cheveux et son inclinaison pour des thèmes dit «cérébraux» si on ne possède pas la capacité de s'évader en pleine folie bien dense quand ça bourdonne comme une ruche dans ses méninges. Les gens trop sérieux ne s'esclaffent pas assez. Et ne pas rire fait vieillir prématurément, c'est bien connu. Tu ris peu? Tu deviendras un vieillard tout ridé avant l'heure, et ce sera tant pis pour toi. Ce n'est pas pour rien qu'on dit d'une personne qui ose sortir de son sérieux monastique qu'elle se déride. À l'opposé, quelqu'un qui s'avère incapable de mettre son manteau de folie de côté pour s'affairer à gérer intelligemment les moments où la gravité cogne à la porte à grands coups de poing ne pourra pas aspirer à gagner la confiance d'autrui, et un brin de crédibilité au passage. L'humour est un exutoire commun aux gens maladroits en société. Il s'agit toujours d'une porte de sortie hyper fafa, puisqu'elle est déverrouillée en permanence. La versatilité, la polyvalence, les talents multiples... Appelle-les comme bon te semble, mais adhère au concept si l'opportunité t'est offerte. Et si ton petit côté bouffon déplace beaucoup d'air, attention, car le vent, ça donne des otites.


De l'amitié yin-yang (ou amitié «shaker»)


Savoir (bien) choisir ses amis est un sport extrême que nous pratiquons tous, mais à intensité variable. Si on cherche le plus souvent à s'entourer d'une horde de gens partageant les mêmes passions que soi, hockey sur gazon, cuisine indienne, voyages au soleil, cueillette de champignons, beuveries du vendredi, alouetteeeeee, il est encore plus important de savoir cibler des amis potentiels qui nous nourriront intellectuellement, sauront nous comprendre le temps venu... et nous brasseront la baraque au besoin comme un barman fait la fête à son shaker rempli de martini. Les meilleures amitiés (les plus moelleuses, là) ne sont ni basées sur le statut social ni sur le degré de scolarité ni sur les goûts personnels. Elles sont plutôt fondées sur des coups de foudre assez inexplicables qui nous tombent dessus sans crier gare et causent parfois des flammèches, parfois des incendies. On clique avec quelqu'un, on flashe littéralement sur lui, et abracadabra!, on sent la magie opérer. On sympathise, on compatie, on partage et ça ne s'explique pas. Par contre, bien de nos amitiés ne durent pas, car elles sont peu nutritives pour l'âme et basées sur la superficialité, la futilité. Moi, l'exubérante yin excentrique un peu tête brûlée et au sens de l'impro aiguisé (Attention: J'suis pas une trompe-la-mort, là. Juste un peu excessive, la fille...), j'ai besoin de mon binôme tout en yang pour être parfaitement heureuse, une amie rationnelle, calme et analytique, qui ose me suivre dans mes furieuses folies du jour quand l'occasion s'y prête, mais qui sait surtout me modérer quand c'est le temps (juste quand c'est le temps, wô les moteurs [5]!). Et je l'ai trouvée, ma perle, mais j'ai été veinarde comme pas une, puisque plusieurs n'ont pas ce bol et ne trouveront jamais leur pointure. Ça te prend une amitié robuste et sans langue de bois qui t'offrira le plus beau cadeau du monde sur un plateau d'argent: La possibilité d'être toi-même au brut, dans toutes tes contradictions.


Posséder la beauté ET l'intelligence


Pourquoi devoir sempiternellement choisir entre beauté et intelligence? Et pourquoi ces deux concepts sont-ils si souvent opposés? Il semblerait que les beaux, les Barbie et les Ken de ce monde, en plus d'avoir un rire niais, n'ont pas la réputation d'être intelligents, tandis que les brillants sont associés à la laideur notoire et absolue. Plusieurs films illustrent ces clichés bien ancrés, montrant de belles femmes nunuches mais roulées comme des déesses pulpeuses et des beaux gars tout en «chest bras» mais vides comme un puits sans fond, côtoyant une tribu de rats de bibli, filles comme garçons, d'un répugnant boutonneux, front graisseux en prime, avec de grosses barniques [6] démodées et des cardigans à carreaux. Déjà, la beauté n'est pas que physique, n'en déplaise aux superficiels. L'intérieur d'un coffre à bijoux contient des trésors qui s'avèrent la plupart du temps bien plus signifiants que la décoration de la boîte en tant que telle. On a tous une petite ballerine intérieure qui ne demande qu'à tourner sur ses pointes au son d'une douce musique. Cette petite femme en pointes, c'est notre beauté qui remonte et fait surface (man, t'es sublime en collants et en tutu). En quoi devrait-elle être incompatible avec notre côté Einstein? Beaucoup trop d'érudits se la pètent plus haut que le trou en roulant des yeux dégoûtés devant ceux qui ne savent pas lire une formule de mécanique quantique, et à l'inverse, bien des beaux Brummell et des beautés fatales dévisagent ceux au physique plus ingrat avec un dégoût à peine camouflé. Lorsqu'on est doté d'intelligence et de beauté physique, on est équipé pour veiller tard, comme on dit chez moi. Mais faute de beauté physique, on peut tous faire le choix de laisser ressortir notre miel intérieur pour adoucir ce cerveau brillant mais un tantinet trop sévère. Et regarder l'autre avec les yeux du cœur, tant qu'à y être.


Il existe une multitude de forces opposées qui osent forcer les multiples portes de nos vies pour s'y immiscer sans foi ni loi comme des forcenés. Oser choisir son pôle, que ce soit avec pragmatisme ou en fonction de ses humeurs, peut amener une couleur éclatante dans une journée morose à mort. Un jour on se sent mondain et le lendemain on feel ermite. Entre notre envie de champagne et notre soif de bière, notre cœur balance. Même chose qu'entre notre besoin de bien manger (végane pis toute là) et celui de nous défoncer la gueule à grandes bouchées de poutine bien dégoulinante pour calmer un feu émotionnel trop vif après quelques engueulades de bureau. Crémeuse ou traditionnelle[1]? Canadiens ou Bruins (miam miam Patrice Bergeron)? Madonna ou Lady Gaga? Talons hauts ou talons plats? Chien ou chat? Ça va bien ou ça ne va pas? Quoi qu'il en soit, les pôles septentrional et austral font tous les deux partie de la même planète en effervescence. Ils ont beau être opposés, ils sont aussi superbement agencé. Dans la vie, tout est une question d'équilibre et qu'il constitue le matériau le plus friable qui soit. Un proverbe chinois que j'aime bien dit que «la vérité est le point d'équilibre de deux contradictions.» Ces Chinois, my God qu'ils l'ont l'affaire! Que nos choix de pôle soient osés comme un porno et nos forces opposées drastiques comme la religion, il existe toujours un instant emprunté à mi-chemin entre ces deux réalités où toutes nos contradictions se rencontrent pour se faire une douce bise volée.



[1] sucette glacée


[2] gros mot censuré pour les besoins de la cause. Hé oui!


[3] Je vous en donne la garantie


[4] gueule.


[5] expression québécoise qui signifie «on se calme».


[6] lunettes


[7] à propos de la salade de chou



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