Bas les masques!



«Le masque tombe, l'homme reste, et le héros s'évanouit.» (Serge Gainsbourg)

Avertissement : La mascarade est f-i-fi-n-i-nie, finie ! Et c’est aujourd’hui que les masques tombent au combat. Le miens, le vôtre, celui du voisin, celui de votre chat.


Ceux qui prétendent ne porter aucun masque ne sont que d’éhontés menteurs adeptes de mardis gras en cachette, et malgré leur grand talent en comédie (et en menteries), je les ai démasqué tout de go, mais je fais semblant de n’avoir rien remarqué qui vaille et ce, pour préserver les apparences. Après tout, ce ne sont pas mes maudites affaires et moi aussi, j’ai un masque. Je joue l’impassible quand mon cœur est en mille miettes, et croyez-moi, je suis très talentueuse en ce domaine. J’ai le cœur tendre comme un fudge et l’émotivité à fleur de peau. Un rien me fait pleurer, à l’instar des fulgurants jets de la fontaine de Trevi (remarquez que je n’ai pas dit que J'ÉTAIS une fontaine, nenon, ne voyez pas ce qui n'existe pas ici, vous et vos pensées un peu déviantes par tant d’images à connotation de mouillage. Bref... Je suis encore hors sujet. Sorry.)


Donc oui, je porte le masque de la dureté, de la sévérité et de l’inflexibilité. Il me permet de garder le cap là où je dois aller, d'hisser la grand voile et de naviguer plein nord ou de fouler les chemins qui me chantent, nonobstant les sillons qui extrapolent des pistes de réponses sous les semelles usées de mes godasses. Ça m’a d’ailleurs donné des pattes d’oie aux yeux à force de les plisser gravement. Quelques masques sont arborés plus souvent que d’autres, et vous les connaissez fort certainement, mais j’ai envie qu’on en jase un peu, histoire de mieux les discerner quand on croise au hasard un de ces individus masqués. Cela dit, même les êtres les plus admirables en portent, c'est immanquable.


La double-face


Le masque le plus commun d’entre tous est probablement celui de l’hypocrisie et il se porte de plus d’une manière. Il y a les gens qui voilent leurs véritables sentiments et disent le contraire de ce qu’ils pensent. Ainsi, on peut avoir l’impression qu’ils prennent notre parti, mais en fait, ils sont ce qu'on appelle des «yes men», des béni-oui-oui, et dès qu’ils en ont l’occasion, ils clament l’inverse des belles paroles roucoulantes dont ils nous ont saoulés, nous laissant pantois en filant en douce avant même qu’on ne se rende compte de leur trahison imprévue. Ils sont passés maîtres dans l’art de l’acquiescement convaincant, ils affirment haut et fort les mêmes trucs que vous, ils semblent au diapason avec l’entièreté de votre être, mais c’est de la belle foutaise de qualité premium! Les doubles-faces sont des invertébrés qui rampent comme des serpents en sssssifflant à vos pieds avec l'idée de vous prendre une mordée [1] sur la fesse dès que l'occasion se présentera.


Dans cette catégorie cadre aussi la personne qui ne vous dira pas ce qu’elle pense même sous la torture, car vous l’intimidez gros comme le bras, mais elle en profitera pour le chuchoter à tous les autres dès que vous aurez le dos tourné en prenant le soin de masquer les traces qu'elle laisse derrière elle de son immonde lâcheté. On peut aussi ajouter toutes ces personnes vivant au quotidien avec un complexe d'infériorité en croissance exponentielle, lequel est bien tapis sous un manteau de fausse confiance des plus couvrants. Leur jalousie incontrôlable les pousse à vous poignarder dans le dos à la moindre occasion. Ce sont les pires doubles-faces qui soient. Je suis certaine que vous pouvez m'en nommer autant que les doigts d'une main, et je suis conservatrice avec ma supposition.


Le troll


Ah! Ces chers trolls... Larousse nous définie ledit terme comme représentant un «esprit malveillant du folklore scandinave, habitant les montagnes ou les forêts. [2]». Même si à la base, le mot désigne ce petit être échevelé et doté en pif, le concept de troll et son aura de négativisme malsain a été repris dans le langage courant lié à la toile pour signifier ceux qui se cachent derrière un anonymat volontaire (faux nom, fausse image de profil Face-de-bouc, etc.) pour semer la zizanie sur le web, en harcelant des gens ou en propageant des idéologies haineuses. Ce sont des trouillards qui ont les idées extrêmes et qui se cachent sous des pseudonymes à coucher dehors... DirtDevil900 est peut-être votre mamie, en vérité, et quand elle ne tricote pas des pantoufles en phentex [3], elle propage des idées d'extrême droite anti-immigration ou elle bombarde le compte «Twitteure» du capitaine du CH [4] d'immondices cybernétiques.


Ce sont aussi ces gens s'auto-qualifiant de «de souche» (cette expression qui ne veut plus rien dire) qui t'écrivent que tu mérites qu'on te séquestre dans un sous-sol parce que tu as défendu une femme voilée qui se faisait harceler dans les commentaires sous un article en ligne, ou ces énergumènes qui t'envoient une «dick pic [5]» parce que tu es trop féministe ou trop belle ou trop politisée. Ne vous méprenez pas: Il y a aussi des dames qui «trollent» comme des expertes en la matière. Certaines sont des sommités en body shaming [6] et adorent critiquer l'apparence des journalistes et des présentatrices télé, comme si elles n'étaient que des écervelées uniquement bonnes à lire un texte tout en restant minces comme un fil. Les femmes sont souvent les plus dures juges de leur pairs. Si c'est pas beau, toute cette solidarité féminine! Si vous êtes la cible d'un troll ou que vous êtes témoin de ses actions sur une autre personne, ne niaisez pas avec la puck et dénoncez-le!


Le faux bonheur


Voltaire a écrit un célèbre poème intitulé «Jean qui pleure et qui rit», dont je me permettrai ici d'en citer la dernière strophe: «Il le faut avouer, telle est la vie humaine : Chacun a son lutin qui toujours le promène des chagrins aux amusements. De cinq sens tout au plus malgré moi je dépends : L’homme est fait, je le sais, d’une pâte divine ; Nous serons tous un jour des esprits glorieux ; Mais dans ce monde-ci l’âme est un peu machine ; La nature change à nos yeux ; Et le plus triste Héraclite redevient un Démocrite lorsque ses affaires vont mieux. [7]». Ce poème a souvent été illustré par deux masques de commedia dell'arte, le triste et le joyeux.


Dans les faits, on ne parle que trop peu de la détresse psychologique qui nous entoure. Ça ne nous tente pas d'entendre parler de dépression, avouez-le. On aime bien mieux vivre dans notre doux déni au pays des arcs-en-ciel et des licornes en sifflotant gaiement un air de Trenet (Y'a d'la joie...), les mains dans les poches. Ça, c'est plaisant! On préfère croire que les faces lisses comme ridées croisant notre quotidien au boulot ou au café s'avèrent toutes représentatives de la vraie de vraie vie et qu'il est IM-PO-SSI-BLE que quelqu'un puisse être un «Jean qui rit, Jean qui pleure». Et après, on se demande pourquoi le taux de suicide est si alarmant chez nous. Le masque du bonheur nous sied à ravir, car il épouse toutes les formes de visages. Il permet ainsi d'éloigner les renifleurs de potins de la misère personnelle de tous et chacun et de camoufler l'immense piscine de désarroi de dimension olympique dans laquelle on baigne quotidiennement. Un sourire peut être une boîte de Pandore: Il suffit d'en soulever un coin de babine pour trouver collée en dessous une moue figée, pratiquement aseptisée, et des yeux rougis. C'est à nous de vouloir voir plus loin que les apparences. Si on continue de préférer les Calinours [8], nous entretenons le mythe.


La simplicité trompeuse


Quoi de pire au monde que de faire affaire à tous les jours avec des êtres compliqués à mort? Les compliqués, aussi appelés têteux, portent parfois le masque de la simplicité trompeuse. À les entendre, ils sont prêts à tout, ils sont partant pour l'expédition au Kilimandjaro ou pour le semi-marathon de septembre, ils sont assez «willing» pour essayer le nouveau restaurant de bouffe éthiopienne du quartier, et ils n'ont pas peur de se salir un brin les mains lorsque c'est nécessaire... Mais non! Tout ceci n'est qu'un doux mirage à l'eau de rose! Ceux qui portent ce beau masque bien souriant vont trouver un moyen de vous faire faux bond à la toute dernière minute. Ils sont tout sauf fiables. Leur engagement n'est que pure politesse pour ne pas vous froisser comme un vieux chiffon, et en vous disant «oui, je le veux» comme des exaltés, ils ont déjà en tête la stratégie du siècle pour vous poser un lapin bien dodu sans s'attirer vos foudres en réveillant le Poséïdon-dieu-des-mers qui roupille en vous. Ils vous feront attendre pour une raison bidon dans le but de gagner du temps et de vous faire perdre votre lancée. Ils vous diront qu'ils ne conduisent pas «en ville», donc qu'ils ne peuvent pas vous rejoindre à temps, ou qu'ils ont une fâcheuse migraine les empêchant d'aller à cette fin de semaine entre amis au chalet. Ils trouveront des alibis et des excuses, amplifieront de minimes détails pour en faire des montagnes, auront toujours de la visite inopinée au jour J, et plusieurs tantes malades, soudainement. En plus de retourner se changer à la maison entre deux activités, pour retarder le plus possible l'heure fatidique, s'ils se décident finalement à vous tenir compagnie.


La starlette


Le masque de la starlette est souvent porté par ceux qui obtiennent une certaine notoriété publique, qu'elle soit volontaire ou pas. Et si on croit que les étoiles de ce monde ont une vie complètement rocambolesque, bien que ce soit parfois vrai, pour la plupart des stars, il n'en est rien. Même le séduisant Zorro était en fait Don Diego de la Vega, un homme riche, certes, mais qui pète et rote comme tout le monde. Et bien des actrices devant paraître fines à l'écran s'empressent probablement d'enlever leur gaine dès le retour à la maison après une longue journée de tournage, tirant aussi le soutien-gorge (pourquoi pas?) au passage du seuil de la porte pour enfin libérer leurs tétons opprimés depuis des heures. Les talons hauts font des varices à toutes, qu'on soit femme d'affaires, étudiante ou un célèbre animatrice télé. Il n'y a pas de formule magique pour les éviter. S'avachir sur son sofa avec une bonne bière froide et regarder le match, c'est le paradis, qu'on soit riche comme Crésus ou un simple roturier. Et la célébrité n'est qu'un masque comme les autres, car un humain reste un humain, avec des besoins primaires à combler. Elles ont beau prétendre ne bouffer que du foie gras et du caviar iranien, mais les stars ont toutes une rage de Kraft Dinner [9] occasionnelle. Et peut importe si notre bol de toilette est en porcelaine ou en or, on fait tous une grosse fiente puante dedans à la bonne heure. De la merde de Pape, c'est de la merde quand même. Ce n'est pas parce qu'on clame dormir sur un oreiller en duvet de je ne sais trop quel oiseau rare et dans des draps de soie de Chanderi qu'on se réveille plus beau le matin. On pue de la gueule, on a la face fripée comme celle d'un sharpei, on a la tignasse hirsute et des rosettes difficiles à dompter. On a beau porter du Chanel et des Louboutin, ou être CR7 [10] avec son «six-pack presque huit», en fin de compte, une fois le masque de notre rôle en société tombé, on reste des humains au brut.


Des masques, on pourrait en nommer à n'en plus finir et il me serait possible de continuer à vous en parler pendant de précieuses heures... que l'on n'a malheureusement pas, ni vous ni moi. J'aurais aimé parler du masque des bonnes et belles manières, sous lequel on retrouve du rustre et un doigt d'honneur en prime... Celui du super-héros (ou de l'indispensable) étouffant momentanément la confiance toute menue d'un funambule sur sa corde raide... Celui de l'altruisme, très prisé par trop de politiciens, lesquels le revêtent pour en arriver à leurs fins, eux qui ne cherchent que le pouvoir... Le masque de l'excès de confiance, cachant bien de l'indécision et de l'hésitation sous cette mâchoire saillante de chef d'entreprise en puissance... Le masque de la critique constante, faisant ombrage à la jalousie maladive, ou encore celui de l'extrême gentillesse recouvrant la pire langue de vipère... Et tous ces autres: Celui de la générosité ou de l'humilité feinte. Le tigre. Le positif excessif. Ou même celui du maladroit faisant miroiter que toutes ses bourdes sont non-intentionnelles...


Nempêche que j'ai particulièrement peur d'un masque abominable. Il sème en moi une terreur indescriptible et je ne comprends juste pas comment un être humain sensé puisse vouloir le porter de son plein gré: C'est celui de cet enfant qui cogne à ma porte pour Halloween avec son horrible masque de Shewbacca à la con. No way! Sors de chez moi, sale bestiole! (Comprenez que je parle à Shewbacca, pas à l'enfant en-dessous, là). Je me cache dans la cuisine. Mon homme répondra et le chassera à coups de sucreries.





[1] bouchée


[2] Définition du larousse.fr


[3] sorte de laine pour pantoufles


[4] Canadiens de Montréal, célèbre équipe de hockey


[5] photo de pénis


[6] action de se moquer ou de dénigrer le corps de quelqu'un


[7] Poème Jean qui pleure et qui rit, écrit par Voltaire


[8] Bisounours, Care Bears.


[9] marque de macaroni à cuisson rapide


[10] Cristiano Ronaldo



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