La fameuse liste à souhaits : Moments en floraison


«Ma seule liberté est de rêver, alors je rêve de liberté.» (Benoît Granger)

Sais-tu quoi? J'ai une maudite liste à faire... Oui, je viens de décider cela. Tu sais, cette énumération de rêves plus ou moins réalisables (ok... Tout dépend de ta logique ou de ton aptitude à rêver en couleurs, j'avoue) qu'on couche tout de go sur papier comme des amants sexys ouverts à la chose allongés dans un grand lit (hum, hum). Je suis certaine que tu en as un jour gribouillé une, sur le coin d'une page de cahier un peu fripée peut-être, sur ton poignet avec un crayon feutre pour ne pas oublier d'y repenser avant de te laver les mains, ou dans une appli de ton téléphone cellulaire si tu es du genre moderne et affranchi du crayonnage. Ce n'est pas si simple que ça d'écrire sa fameuse liste, parce que l'humain est enclin à en vouloir à la pochetée, des choses, mais sur la liste des listes, on ne doit écrire que ce qui pourrait nous faire transcender. On n'y met pas du gros n'importe quoi. Le n'importe quoi, ça n'a rien d'exceptionnel, et nous avons tous droit à des moments d'exception, même si on ne fait que les rêver sans les réaliser. J'ai décidé qu'il était temps que j'écrive cette foutue liste, liste que j'ai choisi de découper en cinq moments à vivre éperdument, le pied sur l'accélérateur. Alors voilà, je me lance et je plonge. Ça me turlupine depuis trop longtemps.

Mon moment «aventure de fou»


Dans une vie, ça me prend de l'aventure. J'ai déjà compris ce concept depuis des lunes, mais certaines escapades ont plus de sens que d'autres à mes grands yeux bleus inquisiteurs. J'ai réalisé un immense rêve il y a environ cinq ans: Aller en backpacking solo faire une virée dans le Kurdistan turc. Ok, je vais me faire chicaner par ceux qui considèrent le mot «Kurdistan» comme un vilain mot, mais j'aime appeler un chat un chat. J'ai donc cherché à me trouver une nouvelle aventure à placer sur ma liste. J'ai déjà des projets de voyage à n'en plus finir... Aller faire une balade à Java pour observer des volcans actifs qui fument et tout le kit. Faire un rallye dans le désert marocain (comme copilote, là. Tsé. Je laisserais tout l'honneur à ma sœur de piloter le bolide, générosité de ma part. Parce qu'elle ne le sait pas encore, mais c'est avec elle que je veux faire ça). Faire du parapente à Rio, parce que je suis du genre à sauter dans le vide depuis les falaises et les sommets de montagnes, moi! Visiter un véritable paquet d'îles (Suqutra, Zanzibar, la Tasmanie, la Corse, l'île de l'Ascension, Boracay, les Féroé...) Mais si j'ai une seule aventure à choisir pour initier ma liste, je reviens sans même réfléchir à ce mot «Kurdistan» presque chuchoté en début de paragraphe. J'y retournerai pour cette fois dompter un sommet biblique bordé de neige éternelle, le mont Ararat, berceau de l'arche de Noé. Mon aventure de fou est de fouler de mes pieds le point culminant du mont Ararat, peu importe les souffrances venant avec l'exercice en question. Ararat trône au top de ma liste, c'est décidé.

Mon moment «exploit inimaginable»


Qu'est-ce qu'un exploit inimaginable? C'est quelque chose qui peut s'avérer ardu à réaliser, et dont personne ne peut se douter. On a tous une envie incommensurable de se surpasser pour réussir quelque chose, même si le talent nous manque ou qu'on s'en croit incapable. C'est mon cas. Je porte en moi le désir d'apprendre à danser. À bien danser. J'ai deux pieds gauches, tu sais. Et un sens du rythme un brin douteux. En plus d'une peur bleue d'avoir l'air d'une bourrique en tutu. Mais j'aimerais bien apprendre le tango argentin, la samba no pé avec les plumes, les paillettes et le costume minimaliste, le merengue, le flamenco andalou et la salsa. J'ai envie de passer des soirées entières à danser jusqu'à ne plus sentir mes pieds, qu'on me fasse tournoyer sur une piste de danse au son de rythmes endiablés, que ça m'aille bien, que je sois surprenante. C'est sur ma liste, tiens. Je l'ajoute tout de suite, avant de changer d'idée devant l'effort décadent que je devrai mettre pour y arriver. Toi, tu veux quoi? Faire un marathon avec un temps d'enfer? Avoir ton moment de gloire à la télé? Gagner un célèbre concours de cuisine même si t'es le king du grilled cheese? Tu te lances? Vite! Écris-le avant de changer ton fusil d'épaule!

Mon moment «rêve d'enfance»


Ok. Outre épouser Roch Voisine, projet de jeunesse sur lequel j'ai mis une croix, il est facile pour moi d'identifier un rêve d'enfance à tenter de réaliser. Parce que les enfants ne sont pas si fous que cela. Ils rêvent beaucoup, certes, mais se projettent dans le futur en osant croire en de bien belles choses. Pour ma part, j'ai toujours voulu être écrivaine. Tu me diras: «Marie, ma chérie, tu écris un blogue, tu es écrivaine.»... Ouin. Mais c'est pas comme publier un livre en papier et ça, tous les amateurs d'écriture te le diront. Ça a beau être démodé, le maudit papier, mais ça reste que la sensation des pages que l'on tourne est inégalable quand on aime lire. Je caresse le désir de tenir entre mes doigts un bouquin écrit de ma plume, avec mon nom dessus, et tous mes mots préférés placés dans une histoire que j'aurai vécue mille et une fois dans mon imaginaire délirant. Ça me comblerait sans aucun doute, et je pourrais dire que la petite fille coquine que j'ai jadis été n'a pas rêvé tout cela pour rien et ne s'était surtout pas fait tout ce cinéma en vain. Alors, j'écris sur ma bucket list, les papillons dans l'estomac et la pupille excitée : Publier un roman papier. Voilà, c'est écrit. À moi de pourchasser sans relâche ce but, dorénavant. La balle est dans ma plume.

Mon moment «papilles en extase»


Bon. On a tous un rêve gourmand. Que ce soit de se prélasser dans une baignoire remplie de crème chantilly en se gavant de fraises et de bulles (calme-toi le pompon, c'est pas ça mon rêve!) ou de réussir un croquembouche géant enseveli sous un monticule de sucre filé, il n'y a pas vraiment de mauvais rêve gastronomique. J'ai en tête un moment «papilles en extase» bien précis que je souhaite vivre une fois dans ma vie et ça s'appelle le Fat Duck [1]. Il s'agit d'un restaurant de Bray, en Grande-Bretagne, appartenant au célèbre chef étoilé Heston Blumenthal. Le mec est absolument déjanté. Il est le maître de l'illusion culinaire, jouant avec nos cinq sens en véritable magicien de la cuisine. J'ai découvert Heston à la télé il y a plusieurs années, puis j'ai appris à mieux connaître sa folie à-travers les saisons de l'émission culinaire Masterchef Australie. Il n'y a pas de qualificatif juste pour décrire sa cuisine et je me promets de payer les quelques 300 livres sterling pour me déstabiliser le palais dans les murs de son havre. Oui, je le veux, ce cher Heston! Il EST mon rêve gourmand. Je le gribouille right now sur ma liste en construction. J'ai une envie aussi profonde qu'un puits sans fond de manger des trucs «weirdos» à l'azote liquide, des plats de viande aux allures de desserts et des amuse-gueules déstabilisants, et ne pas comprendre un traître instant ce qui m'arrive. Alors Heston, prépare-toi mentalement, car je t'aurai.

Mon moment «fantasme irréalisable»


J'ai gardé le dessert pour la fin. On se doit tous d'avoir un fantasme irréalisable sur sa liste, parce qu'ils font partie de la vie. Pour toi, petit cochon mal pensant qui croit que le mot «fantasme» vient par défaut avec le mot «sexuel», tu t'es fourré un doigt dans l'œil (ou ailleurs, si tu préfères). Un fantasme irréalisable, c'est un rêve qu'on sait inaccessible. On ne parle tout de même pas de science fiction (ne m'arrive pas avec l'envie de traverser l'espace-temps en DeLorean, là!). Il s'agit ici de la vraie vie (si possible). Un fantasme est une idée un peu folle et sans limites. Bon, on sait qu'à l'impossible nul n'est tenu, mais soyons honnête, quand on parle de fantasme, on clapote un peu dans l'inaccessible. J'ai un fantasme irréalisable (je parle tout bas, là, écoute bien.). Il s'agit d'un repas en tête en tête avec un des hommes de ma vie (au sens figuré, come on): Dany Laferrière. Parce que Dany, he is THE man. Je bois littéralement ses écrits comme ses paroles, j'ai dévoré chaque parcelle de son œuvre et il est celui qui m'a appris à écouter attentivement la sonorité des mots, leur chant. Je n'ai eu qu'à l'entendre prononcer le mot «libellule» pour qu'il me paraisse divin sur le champ. Si seulement je pouvais avoir une toute petite soirée en tête-à-tête dans un resto avec l'HOMME pour l'écouter parler en le scrutant sans demi-mesure... (soupirs) J'aimerais qu'il détruise mes textes pour m'aider à les reconstruire. Je souhaiterais partager un dessert à deux fourchettes avec lui pendant qu'il me prononce tous les mots que j'aime. Je sais que tu rigoles un bon coup en lisant ces lignes presque irréelles tellement tu ne t'y attendais pas, mais je m'en fous comme de l'an quarante. C'est MON fantasme, après tout. Alors voilà, c'est ajouté à ma liste déjà très éclectique, et mon unique chance de voir ledit fantasme se réaliser serait que mon Dany lise par accident tout ce paragraphe, et qu'il ait en plus pitié de moi et de mon cœur qui palpite pour son aura comme une adolescente qui roucoule devant un beau gosse. À chacun son fétiche.


Cinq catégories. Cinq rêves qui me ressemblent, qui arborent ma palette de couleurs (certaines sont criardes, mais ce sont les teintes de mon âme mise à nu). Cinq épopées à embrasser sans retenue. Cinq déclinaisons de moi-même, avec toutes leurs nuances les plus éclatées et leurs parfums caractéristiques. Cinq idées que je dépose sur ma liste, égoïstement, car il ne s'agit pas de vouloir la paix dans le monde ou de trouver un remède contre le cancer, ici. Non, pas de vœux pieux, juste du bonheur et des cadeaux à s'offrir «à soi de soi». J'aimerais bien connaître ta liste, moi qui suis d'une curiosité inassouvissable pour les petites choses de la vie. Je parie qu'elle vaut tout autant que la mienne. Certains pensent que le rêve est une tare, que de trop rêver empêche de passer à l'action, mais il n'en est rien. C'est notre nature (la salope) qui nous pousse inopinément à la poursuite d'un rêve ou qui nous fait stagner comme une flaque d'eau dans laquelle pullulent les moustiques. Le rêve n'empêche l'action que si nous ne savons point comment enclencher les mécanismes (relativement compliqués) de réalisation du plan que l'on a imaginé en buvant une coupe de vin blanc. Rêve donc autant qu'il t'es donné de le faire si ça peut te déposer un sourire en pleine figure! Je me dois de terminer avec cette citation plus que signifiante de l'auteure Isabelle Delvaux, citation trouvée par hasard sur les «zinternettes» et qui nous dit ceci: «Si on avait la vie qu'on rêve, on rêverait de la vie qu'on a.». En attendant, on peut toujours arroser nos moments en devenir et peut-être vont-ils fleurir?



[1] The Fat Duck: http://www.thefatduck.co.uk/


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