Derniers mots


Pour une deuxième fois cette année, j'ai offert cette tribune à mon frère pour qu'il puisse vous publier un texte important pour lui, la suite inévitable du premier.


À Samuel de papa Mon fils, Samuel, C’est le prénom que l’on t’a donné il y a un an. C’est un curieux prénom pour un Petit Lion, n’est-ce pas? J’avais plutôt pensé à l’époque que tu étais un explorateur. Alexane t’attendait la tête remplie d’idées de grandeur, toute petite mais si fière d’enfin devenir grande sœur. Tu es né dans la chambre « Pluie d’étoiles », et je ne le savais peut-être pas alors, mais tu regardais déjà vers le ciel. Et moi, plutôt vers l’horizon. Je m’étais imaginé que l’on partait ensemble explorer un nouveau monde. C’est toi qui avais raison, mon garçon : Nous étions déjà presque arrivés à la croisée des chemins. J’ai lu quelque part qu’une destination n’est jamais un lieu, mais une nouvelle façon de voir les choses. Quelque chose me dit que tu le savais depuis le début, et que me le faire découvrir faisait partie de tes buts. Tout de même, il me parait bien loin, ton paradis. J’aurais préféré que tu restes par ici. Tu sais, je suis un homme sage. Je préfère te rendre hommage plutôt que de me répéter inlassablement le vieil adage qui dit que « c'est dommage de quitter à un si jeune âge ». De toute façon, il est déjà écrit entre les lignes de toutes mes pages. Je préfère en vérité me convaincre que tu as mérité la paix, compte tenu des guerres dont tu as hérité sans arrêt. Tu nous as quitté pendant le printemps, en même temps que la vie réapparait tout autours. J’aime croire que c’est ta façon de me dire qu’un printemps renaît toujours. Tu as entrepris un grand voyage au sein de mon cœur, de celui de ta mère et de ta sœur. Au fond, tu le portes bien ce surnom, Samuel l’explorateur. Je suis fier de toi. Tu n’as jamais abandonné. Tu as surmonté les défis. Tu as relevé la tête bien haute à chaque jour, une fois de plus, comme si tu ne manquais pas de tonus. Tu m'as montré qui tu es, qui je suis et qui je dois devenir. À vrai dire, je ne sais pas comment ni pourquoi tu persistes encore aujourd’hui à me sourire. On dirait que ça t'importe. J’en prends bonne note, pour les moments où j’aurai besoin qu’on me prête main forte. De toute façon, tu m’as déjà appris à défoncer les portes. La mienne est ouverte, reviens chaque fois que tu en auras envie, ça me laissera l’impression que tu demeures en vie. Pour être honnête, j’en aurai besoin moi aussi. En passant, ta grande sœur t’a acheté des fleurs, je t’avais bien dit que Petit papillon voulait te faire voir toutes ses couleurs. Je les ai mises en scène dans la salle à manger sous le tableau d’un lionceau fragile, l’habile portrait d'un monde dur, la toile de fond qui cadre désormais à mon mur. Plus j'y pense, plus j'ai du mal à donner du sens à ton absence, c'est peut-être dû à ma personnalité. J'ai consulté à outrance mais personne n'a d’idée. Dans tous les cas, tu es un sujet délicat. Peut-être que toi, Sam, tu peux m’expliquer ?


Je t'aime. Papa. À papa de Samuel


Ça y est papa, le moment était venu pour moi de partir à l'aventure. Je suis un petit lion, c'est dans ma nature.


Quand je pense à tout ce que maman endure, je lui devais d'avancer pour l’aider à mettre derrière elle les temps durs. Tu sais, il ne faut pas t'en faire, regarde les gens faire, leur amour pour moi est légendaire. Malgré tout, ici sur Terre, je me sens comme une proie. On dit que là-haut tous les lions sont rois. Il paraît même qu'à certains poussent des ailes et qu'elles se déploient lorsqu'on y croit au-delà du réel. Prends soins de Petit Papillon et protège les siennes, ses ailes, afin que je l’amène planer près d'un arc-en-ciel si un jour elle a de la peine. On m'a déjà parlé du destin, grand-papa dit même que rien n’arrive pour rien. Je te remercie d'avoir pris les choses en main. Je sais que tu es déçu, tu aurais voulu me donner un bout de ton foie, au final, mais garde la foi et le moral car tu m'as donné le tissu familial. As-tu remarqué toute la force de maman? C'est apparent comme elle s'efforce d'être un bon parent. Tant de sagesse émane de tous ses gestes. J’espère qu'elle ne s'épuisera pas à vouloir trop en faire, dit lui de ma part que ce qu'elle est vaut encore mieux que ce qu'elle fait pour me plaire ou plaire à ma sœur. Je le sais, car je le vois de l’intérieur, en direct de son cœur. Les gens autours ne sauront pas tous quoi te dire, après tout, perdre un enfant, quoi de pire ? Montre-leur de l’appréciation à chacune de leurs attentions et malgré les appréhensions. Comme tu me l'a déjà dit, tout commence toujours par une bonne intention.


J’aimerais que tu gardes à l'esprit que je suis blotti contre toi, car je sais bien qu’ainsi tu ne baisseras jamais les bras. Quel genre de papa laisserait tomber son enfant ? Tu ne l'as pas fait et malgré ce que tu ressens, n'écoute pas cette petite voix que tu entends. Papa, je ne peux que remercier mes parents dans l’immédiat, vous avez défendu ma famille jusque dans les médias. Vous avez tiré fort sur la corde pour tisser entre nous des liens étroits. J'ai pu me réunir plusieurs fois avec vous trois: Alexane, maman et toi. J'ai même eu droit à un congé à la maison et à un séjour au Phare le moment venu de favoriser mon confort avant mon grand départ. Là-bas on a pu jouer dehors, pour moi, ça aura valu de l'or. Et c'est sans parler d'entrer dans la piscine, je ne pouvais pas même sortir de ma chambre à Sainte-Justine! Je suis heureux, je veux que ce soit très clair. On a pu prendre des photos, se balader en auto et célébrer la Fête des Mères avant que mon état de santé ne soit trop précaire. Tu m'avais promis que je quitterais l’hôpital, tu m'avais demandé d’avoir confiance, tu as tenu parole peu importe les circonstances, en as-tu pris conscience? Tu as fait de ton mieux, concentre-toi sur l'esprit de famille et ma présence sera éternelle, il faut d’abord saisir l'essentiel pour saisir l’instant présent à son plein potentiel. Je me répète, mais tu dois me croire, l'essentiel est invisible, il faut un cœur pour le voir.


Enfin, n'hésite jamais à m'écrire, on doit continuer à se parler et à rire, à avoir du plaisir. J'ai laissé à maman une empreinte en plâtre sur la table de nuit, regarde-là si tu t'ennuis, je n'ai pas beaucoup grandi depuis. Et puis il y a aussi le moule de ma main les doigts fermés, à mon image. Je préférais montrer mon poing de bagarreur pour te remémorer mon vrai visage. Tu sais, je serai à jamais ton garçon, et toi mon papa. Partout où tu iras, je te suivrai pas à pas. Je t’aime, on se manquera. Comme le dit grand-maman : « si tu rêves aux anges, rêve à moi ». Je t'aime.


Petit Lion Xxx



À maman, de Samuel


Maman, que tu es présente! On s'est toujours suivi depuis mon passage dans ton ventre.


Pour moi, ça représente toute une vie, c’est peu dire à quel point nous sommes unis. Tu es unique, j’en ai accumulé les preuves. Tu as tout mis en œuvre pour prendre soins de tes deux enfants et de papa malgré les épreuves. Ça n’a pas été un grand fleuve tranquille entre mon arrivée et mon départ, tu n'as ménagé aucun effort pour me guider vers le Phare. Tous les soirs, tu t'es donné le devoir de me bercer jusqu’au sommeil. À ton départ je demeurais alors blotti pour la nuit contre ton parfum de soleil. Même en ton absence, ta vigilance était difficile à imiter, tu t’assurais qu'il y ait une présence et des soins de proximité. Et que dire de la façon dont tu as défié tous ces experts pour t'assurer qu'ils se parlent entre pairs et que l'un et l'autre ne cessent de dire son contraire?


Grâce à toi, j'ai reçu des accessoires à la hauteur, tu as exigé au docteur un plan préventif au premier retard moteur. Tu défendais mon intérêt avec honneur et insistance et tu avais raison a chaque instance. J'ai parfois eu l'impression que ces médecins et ces résidents te croyaient résistante parce que tu formulais tes questions de façon à les maintenir dans l’action de façon constante. Pense à toutes ces fois où tu as refusé qu’il y ait plus de solutions théoriques, où tu as fait émerger entre eux de nouvelles options pratiques. Ce n'est pas un hasard s'ils veulent désormais parler de moi dans leurs revues scientifiques. Je me souviens que je devais quitter l’hôpital en ambulance en direction de ma dernière résidence, que c’était le seul choix plausible. Que devant ton ambivalence ils ont dû se résoudre à faire l'impossible. Ton dernier tour de force aura permis de rendre mon dernier tour de voiture possible et ainsi explorer le Mont-Royal. Tu es la meilleure des mamans, une lionne redoutable et loyale le moment venu de prendre soin de tes enfants. Je t'aime d'amour. Merci de m’avoir partagé toutes tes valeurs, je sais que tout ira bien pour ma sœur.


Petit Lion. Xxx


Samuel le Petit lion, nous a quitté le 13 mai 2021. Il gardera un œil sur sa famille à partir de l’étoile qu’il aura choisie.


Vous pouvez connaitre son histoire en lisant le texte suivant: Lettre à ma fille: L'effet papillon de la pandémie .


| par La vie est un piment

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