Le grand art de voir avec des lunettes embuées


« Tout homme a dans son cœur un cochon qui sommeille.» (Charles Monselet)


Monselet ne parlait certes pas d'un verrat faisant d'indécentes cochonneries à la oink oink. Mais... Je dois vous l'avouer, j'ai malheureusement quelque peu l'esprit mal tourné et je vois le monde avec de belles grosses lunettes embuées. J'ai beau les nettoyer souvent, les frotter, les astiquer avec beaucoup d'enthousiasme, la maudite buée revient à la première vague d'humidité. Il s'agit tout de même d'un grand art, car cet inusité talent n'est pas donné à tous et il faut avoir du doigté pour maitriser parfaitement le don de la pensée tordue. Mon cerveau me fait des feintes magistrales, dignes d'un hockeyeur chevronné pour me duper, me berner, me distraire et me méprendre (un hockeyeur tout nu, je précise, avec un «six packs presque huit» et un beau derrière bombé). Mon imagination suggestive sert de paravent à mon ciboulot, lequel me cache immanquablement le sens propre pour ne me montrer que le figuré, et effeuillant coquinement toutes ces idées proprettes à mon insu, il les dénude sans pudeur pour que seul le double sens ne reste, J-String bien ancré dans une monumentale et souriante craque de fesses. Ah! Le filou!


Je pense cul lorsque vous pensez lucide, voyez-vous. Non pas que je ne sois en manque ou portée sur la chose, loin de là. Je n'aborde même pas régulièrement le «truc-machin-chouette», c'est peu dire (Ouf! Je me relis et j'entends ma conscience me dicter d'oublier «truc-machin-chouette» et d'appeler un chat un chat! Ou une chatte une chatte...Ah!!!!! Chassez ces idées que je ne saurais avoir!). Mon cerveau s'enfarge les bottines dans des insinuations teintées de grivoiserie, de décadents non-dits, de coquines ambigüités qui en feraient rougir plus d'un. Marguerite Duras ne disait-elle pas que «les femmes jouissent d'abord par les oreilles»? En fait, les esprits mal tournés sont pour la plupart des femmes, on dirait, du moins dans mon charmant entourage. On croirait presque que je ne voisine que des gigantesques cochonnes de tout acabit, des obsédées un peu détraquées aux pensées déviantes. En résumé, vous dites A; on entend B. Vous marmonnez ceci et on minaude cela. Vous parlez maillots, on pense mono. Vous baragouinez et on balbutie.


Oui, il faut le dire, je suis toujours la «perv» de service, celle qui pouffe de rire comme une ado en soulignant l'infâme quiproquo grivois éclos comme un œuf de poulette dans une conversation à première vue banale et ce, à chaque occasion, sans retenue, les joues rosies par un brin de timidité sincère. C'est ce que l'on appelle le syndrome de pseudo gêne du «penseur croche». Bref, j'ai beau être toute en courbes et avoir un peu de vavavoum, je ne suis ni une bomba sexuelle ni une bimbo et je suis plus pudique que j'en ai l'air. La pensée ne rend pas coupable. Mais c'est fou, je dois l'admettre, comme ça fait du bien d'imaginer un crétin ou un moralisateur nu comme un ver, le gland pendouillant au vent et le torse poilu comme un sasquatch, ou encore une hautaine, une pas gentille, une malveillante, en train de forcer comme une damnée sur un bol de toilettes pour se «lâcher lousse». On fait tous caca, les amis, ne roulez pas des yeux, et ça soulage de se le rappeler. Ça remet aussi bien des choses en perspective, des points sur les i, des barres sur les t.


Bien sûr, on risque quand-même d'être pris à son propre jeu de visualisation grivoise, ce qui ne nous rend pas service. Attention mesdames et messieurs! Imaginer certaines personnes en tenue d'Ève ou d'Adam, ça peut aussi barbouiller l'imaginaire de l'imagineur un peu téméraire, et ainsi perturber le cours de sa douce et calme routine intérieure. Par exemple, j'aime beaucoup (trop) imaginer David Beckham avec ses seuls tatouages en guise d'habillement. Cette idée de «nudité à la Beckham» me trouble comme une pierre jetée dans une mare, brouillant l'eau stagnante. J'en perd toute idée claire. Ce David-là, c'est le David de Michel-Ange des temps modernes. Ce même David qui, crampons aux pieds plutôt que fronde de cuir à la main, donne mal aux ovaires avec ses connotations moelleuses et croustillantes, petit accent en prime, tel un délicieux croissant au beurre chaud. La similitude saute (littéralement) aux yeux: même corps athlétique, (miam miam), même blondeur supposée (ok, ok, le David de Michel-Ange tout de marbre, n'a pas de véritable tignasse, mais imaginons un instant que si ses cheveux étaient réels, ils seraient forcément «blond Beckham»). Cette vision édénique n'a probablement rien d'apaisant et ne dédramatise niente, contrairement à celle d'un ignoble collègue sur le trône en pleine séance d'expulsion. Tout ce qu'elle fait, c'est de ME donner le goût de voir des vieilles pubs de bobettes en m'empiffrant goulûment de glace au chocolat, me convertissant en cliché sur deux pattes. En résumé, je prends des kilos inutiles et gratuits en fantasmant allégrement au lieu de m'appliquer à mon labeur quotidien. Aussi bien ne JAMAIS imaginer le beau David dans son plus simple appareil, et ainsi éviter ces soucis sexy sexy sexy hot hot hot, sans quoi vous risquez fort bien de laisser toute productivité dans vos nuages avec votre tête pour un bout de temps et ainsi risquer de perdre votre boulot. Cependant, si un patron pas trop commode ou une voisine désobligeante tente de faire votre fête pour des pacotilles, gâtez-vous, pensez nudité et bol de toilette, puis riez un bon coup. Ça fait un bien fou.


Parfois, les images les plus éloquentes nous assaillent, lors de moments forts imprévus, et nous embrouillent contre notre gré. Tranche de vie d'une femme qui a l'imagination d'une cochonne: Mettez-vous (METTRE! Se mettre quoi? Chut, cerveau, chut...) à ma place quelques minutes. Qui aurait l'idée de nommer une imprimante «moineau»? Je vous le confirme: il y a des compagnies en ce monde qui donnent des noms à des imprimantes, pour que l'appareil soit plus aisément identifiable lors d'un appel au soutien technique, des noms aussi loufoques qu'un pit pit, avec un petit tag sur le couvercle en guise d'acte de baptême pour remplacer le simple numéro de série. Non mais, si c'est pas pousser le commun des mortels à penser croche, ça! Une imprimante moineau! Un moineau, comme dans «il se promène le moineau à l'air». Le pit pit devient illico un zizi, un zizi qui crache quelque liquide protéiné comme une imprimante crache de l'encre. Mes idées divaguent et bifurquent. Elles tournent mal. Elles surissent et caillent. La pureté de l'intention entre par ma pupille, pénètre (OMG!) mes tympans, et converge vers un delta qui se fraie un chemin dans ma tête, effleurant ma raison mais continuant en méandres d'idées saugrenues pour se convertir en un rire niais que ma bouche expulse tel un grossier rot. Mouhahahahah!


Oh! Well! Je suis une gamine, un gros bébé lala, une ado attardée, ma foi. Au supermarché, je ne peux juste pas m'empêcher d'extrapoler sur le «pourquoi, diantre» une femme d'une tranche d'âge qui ne correspond pas à l'époque des marinades (c'est à dire une fille plutôt de l'ère du cupcake et des sushis) achèterait une dizaine de courgettes ou de concombres. Non mais, elle fait quoi avec tous ces légumes phalliques-là? C'est vrai que ça revient moins cher qu'un quelconque autre machin, et ça ne gaspille pas de piles. J'avoue. Sauf que depuis que je fais le lien, même moi, j'évite d'acheter trop de ces légumes, de peur que l'on me juge froidement en zyeutant mon panier. Et si jamais ma voisine de panier avait un esprit aussi mal tourné que le miens (Oups... Je sens que le jugement, c'est moi qui vient de l'attirer en vous livrant ces pensées, mais sachez que JE SAIS FAIRE DES MARINADES, pas de bluff.)? Méfiez-vous toujours des intentions des gens qui remplissent leur panier de légumes longuets. Et de bananes! Les singes mangent des bananes... et se tripotent allégrement l'imprimante, aussi! La banane, on le sait, ça a une curve similaire à l'organe... Et quand je parle d'organe, je ne parle pas des cordes vocales de Céline, d'Adèle ou de Christina! Pensez-y un peu, on dirait vraiment que certaines personnes dévorent leur banane comme s'ils étaient en train de tourner un porno! Des petites bouchées feraient l'affaires, mais non! On se met la moitié du fruit dans la bouche, et on avale d'un seul coup de glotte, en mastiquant à peine. Beurk. Juste d'y penser ça me roule dans la gueule.


Il y a aussi le mot «pipe» qui me titille le cerveau un peu trop.. De nos jours, tenez-vous-le pour dit, plus personne ne fume la pipe. Tailler la chose, ça ne se fait pas à partir d'un morceau de bois, du moins pas au sens littéral du terme. Et tous les dérivés de «pipe» qui ne se rapportent pas clairement au dit objet, dont le verbe «piper», ça ne devrait plus faire partie de votre vocabulaire, un point c'est tout. Du moins pas en ma présence. Épargnez-moi un brin, pauvre tête de pipe que je suis! Et si vous tirez une pipe, pour votre info, vous n'êtes certainement pas en train de taquiner quelqu'un, du moins selon le dictionnaire de «pipage 101» des «Pervs» Anonymes. Nom d'une pipe!


Déjà, il y a toute une liste d'expressions à ne pas dire devant un être à l'esprit affecté comme le miens. En voici un vade-mecum à considérer pour notre bien à tous:


«J'ai la touch»


Dans mon langage de perverse, ça veut dire «J'ai du doigté». Et le doigté, c'est un complément fort intéressant lorsqu'on se fait faire du pied. «Votre main droite sait certainement ce que fait votre main gauche, mais elle ne le dit pas. Louons sa discrétion.», disait De Boisserin... (je l'admets, j'ai détourné en mon intérêt sa citation pour la mettre à ma propre menotte, parce que c'est d'abord ma nature un peu crunchy, voire très crispy, et qu'on ne se bat pas contre nature, c'est une des lois de l'Univers.) Savoir pianoter, peu importe les situations, c'est ça, avoir la touch.


«Je n'ai pas la langue dans ma poche.»


Ouais, alors tu l'as fourrée où, ta langue? Et là, en tergiversant, soulignons la multitude d'endroits où il est possible de la foutre, justement, ainsi que les circonstances variables de l'acte en soi, dépendamment de la saveur du jour ou de la saison de l'année, c'est selon.


«Laissez-ça au professionnel»


Une péripatéticienne, c'est une profession, non?


«Un + un = deux»


... et parfois trois, après neuf mois. Trois, beaucoup de vergetures, bien des nuits d'insomnies, et l'arrêt quasi assuré de la vie sexuelle du couple pour les dix prochaines années.


«Il s'en est fait passer une p'tite vite»


Est-ce que ça a fait mal? Est-ce que ça en aura valu la peine? As-tu eu le temps de grimper les cieux jusqu'au septième, ou la quicky s'est-elle essoufflée pour s'arrêter au deuxième niveau, avec l'envie de faire demi tour car le chocolat est en vente à la pharmacie du coin?


«Je n'ai plus de jus»


Qui a bu ton jus? Qui? Qui? Qui?


«Une patente à gosses»


Gosses comme ce qui pend sous le boyau d'arrosage. On ne parle pas de marmots ici. C'est définitivement une expression liée au pénis, ne vous en déplaise.


«Je me suis tapé un film en solitaire»


Un porno? Avais-tu la touch? Mouahahah


Mon organe (mon cerveau, là, par mon utérus), il sexualise parfois par défaut les conversations qu'il entend, les gestes qu'il dénote. Je n'y peux rien, ça se fait tout seul, tel un mécanisme bien rodé dont l'ajustement se fait automatiquement. Les croches penseurs ne sont pas des obsédés, ou peut-être que si, mais l'humour qui se cache derrière leurs grands yeux inquisiteurs vaut souvent tout l'or du monde. Un psychanalyste aurait un malin plaisir à nous coucher sur son moelleux divan... pour nous disséquer les lobes cérébraux (là, c'est vous qui avez pensé tout croche! Avouez que je vous contamine), ne serait-ce que pour nous en extirper des flashs qui éclateraient la gueule à sa routine morose, lui qui entend parler de problèmes plus sérieux à longueur de journée. Donc, oui, j'ai l'esprit mal tourné et je m'assume. Je dois vivre avec. Après l'avoir admis une première fois, ça soulage tout autant qu'un premier orgasme. J'ai d'innommables visions qui pirouettent et basculent à l'occasion tout juste devant ma raison, bang, et ce, sans avertir. J'ai la vision embrouillée par tout ce que vous tentez de camoufler sous le tapis, toutes vos maladresses, toutes vos insinuations. Plus vous tentez de réparer vos bourdes, vos écarts langagiers, plus je me bidonne sous votre nez, sans même m'en cacher. Et gare à vos petites fesses si vous n'êtes pas sympa et que je le remarque: Je vous catapulterai ainsi sans remords dans des situations dignes du grand cru de mon espiègle et dépravée créativité, où vous n'êtes forcément pas à votre meilleur (sans surprise) et le sourire en coin qui naitra sur ma bouille vaudra mille et une fois toute cette gymnastique que je m'inflige. Bref, être une perverse qui pense vaut immensément mieux que de ne point penser du tout! C'est l'évidence. Pensez croche, allez, faites vous ce plaisir! Et dites-vous bien que je vous peint probablement en ce moment même dans mon esprit, vous imaginant à poil en train de lire ces lignes, les lunettes embuées, mais le cœur léger.


#FÉVRIERL2

| par La vie est un piment

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